INFO FRANCE INTER I Un homme a été interpellé à Paris alors qu'il faisait des tests antigéniques pour un prestataire mandaté par une pharmacie. Cet étudiant en architecture semblait loin de remplir les conditions nécessaires. Une enquête préliminaire est ouverte. L'affaire interroge quant aux contrôles dans ce domaine.

La fiabilité des tests réalisés dans ces barnums est souvent pointée du doigt par les pharmaciens.
La fiabilité des tests réalisés dans ces barnums est souvent pointée du doigt par les pharmaciens. © Radio France / Fred Chapuis

Comment être sûr qu'un test antigénique est correctement effectué et aboutira à un résultat fiable ? S'il semble que l'on peut l'être dans la quasi-totalité des cas, il y a visiblement de rares exceptions, si l'on en croit ce qu'ont découvert, sous un barnum, les policiers du XVe arrondissement de Paris, dimanche 12 septembre : ce jour-là, la personne chargée de manier les écouvillons était un étudiant… en architecture. 

C'est un médecin du quartier de la porte de Versailles qui donne l'alerte à la mi-journée : proposant lui-même des tests antigéniques, le praticien est intrigué, voire agacé, par ce concurrent qui vient planter sa tente à proximité. D'autant qu'il découvre que ce sont ses coordonnées à lui qui sont affichées sur le barnum, en cas de problème, ainsi que celles d'une pharmacie du secteur. Appelée, une patrouille de la BAC (brigade anti-criminalité) rattachée au commissariat de l'arrondissement interroge un client qui sort de la tente : l'homme explique aux fonctionnaires qu'il a effectivement jugé le prélèvement "amateur". Et pour cause : ces tests ne peuvent être menés que par des personnels de santé, ou des étudiants dans le domaine sanitaire. À moins d'avoir suivi une formation délivrée par un organisme habilité.

Jusqu'à 4 000 euros par mois

Or, interpellé et placé un temps en garde à vue, le futur architecte et éphémère laborantin, né en 1996, explique aux enquêteurs ignorer qu'une qualification particulière est nécessaire. Il explique qu'il travaille pour le compte d'une société, elle-même mandatée par une pharmacie du quartier pour installer le barnum et fournir une personne chargée des prélèvements. Des étudiants en médecine lui ont donné le numéro de téléphone de la société en question. En garde à vue, l'étudiant dit avoir entendu parler d'une possibilité de toucher jusqu'à 4 000 euros par mois. Le job décroché, il suit une formation express dispensée par une jeune femme qui lui donne rendez-vous porte de Versailles, avant de rapidement lui montrer comment procéder et de le laisser là avec barnum et écouvillons.

Sur place depuis deux jours, le jeune homme estime avoir ainsi mené une cinquantaine de tests, ensuite confiés à la pharmacie qui a fait appel à la société. Autant de prélèvements dont il est difficile de dire s'ils sont fiables ou non. Les responsables de l'officine ont, quant à eux, assuré aux enquêteurs avoir pensé solliciter une société sérieuse. "Il n'y a pas de liste officielle" de prestataire, déplore, joint par France Inter, Gilles Bonnefond, porte-parole de l’Union syndicale des pharmaciens d’officine, qui voit dans la multiplication de ces sociétés sous-traitantes le fruit d'une politique commerciale "agressive" et souligne le risque de faux résultats: "Nous appelons nos adhérents à la vigilance et à ne pas enrichir ces sociétés sur le dos de l'Assurance maladie".

Une pratique "qui nuit à l'image de la profession"

Même mise en garde de la part de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France : "Une société peut installer la toile de tente et fournir une personne en intérim, mais le contrat doit être signé avec le pharmacien", souligne son prédisent, Philippe Besset, qui pointe la responsabilité des officines, qui "doivent vérifier" le statut de celles et ceux chargés du prélèvement. "Ces sociétés sont des escroqueries, mais les pharmaciens sont entièrement responsables", poursuite le président de la FSPF, qui juge que ce type de démarche "nuit à l'image de la profession", tout en insistant sur le fait que la majorité des pharmaciens fait preuve de vigilance.

Si, dans le cas de cet étudiant, un médecin a donné l'alerte, impossible de dire combien de personnes effectuent des prélèvements sans formation adéquate. Dans le cas du XVe arrondissement, une enquête préliminaire a été ouverte pour "exercice illégal de la profession de technicien de laboratoire médical". Des faits passibles d'un an d'emprisonnement et 15.000 euros d'amende.