Autoportrait de Jamel Leulmi
Autoportrait de Jamel Leulmi © Max PPP

Le procès de Jamel Leulmi vient de s'achever devant la cour d'assises de l'Essone, à Evry. L'ancien professeur de génie industriel a été condamné à 30 ans de réclusion pour assassinat, tentative d'assassinat et escroquerie à l'assurance. Hier, la perpétuité, assortie d'une peine de rétention de sûreté de 22 ans avait été requise contre lui.

"Sous le choc"

Après les six heures de délibéré et l'énoncé du verdict, l'avocat de Jamel Leulmi, Eric Dupond-Moretti s'est exprimé pour la première fois dans cette affaire :

Jamel Leulmi est sous le choc. La longueur du délibéré montre que les choses n'ont peut-être pas été simples.

Selon son avocat, Jamel Leulmi va faire appel de cette condamnation.

Du côté des parties civiles, Julie Derouette, reconnue victime de la tentative d'assassinat fomentée contre elle au Maroc s'est dite "très soulagée".

30 ans de réclusion

Certes, le verdict est moins lourd que ce que réclamaient les avocats généraux. Alors qu’ils ont requis hier la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans, la cour d’assises de l’Essonne, vient de le condamner à 30 ans de réclusion. Mais les jurés ont estimé cet ancien professeur de génie industriel de 36 ans coupable de tous les faits qui lui étaient reprochés : l’assassinat de son épouse Kathlyn, la complicité de tentative d’assassinat sur sa compagne suivante, Julie et l’escroquerie de quatre compagnies d’assurances dans lesquelles il avait fait souscrire à ces femmes ainsi qu’une troisième conquête des contrats d’assurance-décès pour un montant total de 12 millions d’euros. Ils ont ainsi répondu par l'affirmative aux huit questions qui leur étaient posées à l'issue des quatre semaines d'audience.

Le séducteur de l’Essonne, déjà incarcéré à Fleury-Merogis depuis quatre ans, s’apprête donc à purger une longue peine, toutefois dépourvue de toute période de sûreté. A l’énoncé de ce verdict, Julie Derouette, victime de la tentative d’assassinat au Maroc, s’est effondrée sur les bancs de la cour d’assises, en proie à un malaise.

Dans le secret des délibérés

C’est donc suivant leur intime conviction, comme le veut la procédure pénale, que les jurés de ce procès ont dû décider du sort judiciaire de Jamel Leulmi. Pour cela, ils devaient répondre à une série de questions : Jamel Leulmi est-il coupable de l’assassinat de Kathlyn, son épouse ? Jamel Leulmi est-il coupable de tentative d’assassinat sur son ancienne compagne Julie ? Et, le cas échéant, à quelle peine doit-il être condamné ?

Des questions, il y en a aussi qui sont restées en suspens. Le récit de Corinne Audouin

Hier, dans un réquisitoire à deux voix, le parquet a requis la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sûreté de 22 ans, soit la plus lourde peine prévue par le code pénal.

Mais cet après-midi, quelle que soit la décision avec laquelle les jurés ressortiront de la salle des délibérés, ce procès ne devrait pas être le dernier. Le parquet ou l’accusé devrait faire appel du verdict.

Les derniers mots de l'accusé

Ce matin, il est arrivé, comme à son habitude, impeccablement habillé. Chemise claire, pantalon noir. Puis d’une voix légèrement enrouée il a répondu à la question qui clôt habituellement un procès d’assises : "Monsieur, avez-vous quelque chose à ajouter ?"

Madame la présidente, je suis innocent et c’est tout ce que j’aurais à ajouter.

C’est maintenant dans le secret de la salle des délibérés que les jurés ont à décider du sort de Jamel Leulmi pour les années à venir.

► ► ► ALLER PLUS LOIN | Procès Leulmi : des femmes et des assurances-vie

"Le regarder un instant comme un innocent"

Hier, les débats se sont achevés par la plaidoirie d'Eric Dupond-Moretti pour la défense.

La voix qui tonne, les tripes au bord des lèvres, l’art de prendre à parti, de secouer chaque acteur du procès, Eric Dupond-Moretti entre en scène. Il doit défendre l’indéfendable ou presque, faire face à des accusations répétées quatre semaines durant et à un réquisitoire lourd, le plus lourd possible : la réclusion à perpétuité assortie de 22 ans de sûreté réclamée par les avocats généraux.

D’ailleurs, l’avocat de la défense va user une formule qu’il affectionne particulièrement : « j’ai bien mal choisi mon innocent ».

Souvent depuis que je fais ce métier je me suis demandé à quoi pouvait ressembler le premier avocat et quels avaient été ses premiers mots. J’ai imaginé les Hommes prêts à massacrer l’un des leurs. L’un d’entre eux s’est levé et a balbutié peut-être : « attendez une minute ». Aujourd’hui, j’ai l’honneur de demander auprès de vous cet instant. C’est un instant que je voudrais que nous consacrions d’abord aux règles qui sont les nôtres. Vous n’avez peut-être pas la mémoire des réceptionnistes marocains, mais vous devez vous rappeler votre serment, Mesdames et Messieurs les jurés.

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La présomption d’innocence c’est de regarder l’accusé un instant comme étant un innocent. Quand vous regardez les hommes comme des coupables, ils ont même des gueules de coupables. Les regarder comme des innocents, ça change les choses.La présomption d’innocence, Madame j’affirme, Monsieur j’accuse, c’est de ne pas exiger plus de lui que nous ne serions nous-mêmes capables d’en donner.

Eric Dupond-Moretti
Eric Dupond-Moretti © Radio France

La deuxième règle qui fait l’objet de votre serment, c’est celle du doute. Je déteste ce procès en ce qu’il inverse l’ordre judiciaire des choses. J’ai mal choisi mon innocent. Je porte la voix d’un garçon qui est mythomane. Ca ne veut pas dire menteur, mythomane, c’est un garçon qui structurellement ne dit pas la vérité, un garçon pour qui le faux devient le vrai. Et vous vous étonnez de ses mensonges ? Derrière ces muscles saillants, ce culturisme forcené, il y a du vide, une envie compulsive de le dire. Il suffit d’être marié et d’avoir une maîtresse pour être un menteur.

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On lui reproche d’avoir écrasé sa femme de tout son poids après son accident de vélo. C’est-à-dire que vous admettez qu’il a tué sa femme devant dix témoins. Tous les gens qui l’ont vu ont dit qu’il était choqué. Vous êtes dans la rationalité la plus totale, c’est vous qui êtes totalement froids si vous pensez qu’un homme ne peut pas basculer dans ces moments-là.

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