Les trois avocats français de Mélina Boughedir ont atterri à Bagdad dans la nuit de vendredi à samedi, pour assister au second procès de la jeune Française de 27 ans, qui risque la peine de mort dimanche, en Irak. Ils estiment que la présomption d’innocence est bafouée par le gouvernement français.

Vincent Brengarth, Martin Pradel, NasserAddin Madlool Abed et William Bourdon défendent la jeune accusée française
Vincent Brengarth, Martin Pradel, NasserAddin Madlool Abed et William Bourdon défendent la jeune accusée française © Radio France / Sophie Parmentier

Maîtres William Bourdon, Vincent Brengarth et Martin Pradel sont arrivés à Bagdad dans la nuit de vendredi à samedi, pour assister ce dimanche, au second procès de Mélina Boughedir, jeune mère française de 27 ans, arrêtée en juillet dernier à Mossoul, par les forces spéciales irakiennes. Mélina Boughedir ne cesse depuis des mois de clamer son innocence, affirmant qu'elle n'a jamais souhaité soutenir l'organisation État islamique, que son mari avait rejointe en 2015, avec elle.

Les avocats français sont persuadés que leur cliente dit la vérité. Ils en veulent pour preuve que lors du premier procès de Mélina Boughedir, en février dernier, les juges irakiens n'avaient retenu contre elle aucune charge terroriste. Elle avait alors été uniquement jugée pour entrée illégale sur le territoire irakien, et uniquement condamnée à sept mois de prison, peine qu'elle avait déjà effectuée en Irak. Elle était donc sur le point de rentrer en France. Quand la cour de cassation irakienne a subitement ordonné un second procès, lors duquel elle risque désormais la peine de mort par pendaison, dimanche. 

Une lettre au ministre des Affaires étrangères

À la veille de ce deuxième procès, les trois avocats français dénoncent l'ingérence de la France, dans la justice irakienne. À Bagdad ce matin, ils ont rédigé ensemble une lettre, qu'ils viennent d'envoyer au ministre des Affaires étrangères en France, Jean-Yves Le Drian, après ses propos sur la chaîne LCI, jeudi. Le ministre y avait déclaré que Mélina Boughedir est une "terroriste de Daech qui a combattu contre l'Irak. Et donc elle est jugée sur le lieu de ses exactions". Des propos que dénoncent haut et fort aujourd'hui les trois conseils français de Mélina Boughedir.

"Nous déplorons les graves manquements du ministre aux principes dont il devrait être protecteur : la présomption d'innocence"

C'est ce que clame William Bourdon, dans le hall d'un grand hôtel irakien. "Il est impossible de ne pas interpréter ces déclarations autrement que comme une forme de pression sur la justice irakienne, pour sécuriser à tout prix une condamnation. C'est gravement inadmissible. C'est l'illustration d'une dérive, qui ne cesse depuis des mois et des mois : _cette obsession de vouloir persuader l'opinion française que tout sera fait pour éviter le retour de ces femmes_". 

Pour les trois avocats français, c'est pourtant en France que Mélina Boughedir devrait être jugée. En France où ont été rapatriés ses trois aînés en décembre dernier, trois jeunes enfants de 7, 6 et 4 ans. Seule la petite dernière, âgée de 16 mois, est restée avec sa mère à Bagdad, dans une cellule de prison.

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