[INFO FRANCE INTER] Les deux fillettes et le garçon, de 3 à 8 ans, sont arrivés à Roissy le 18 décembre et ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance. Leur mère reste prisonnière en Irak, où leur père est mort pendant le siège de Mossoul, reprise en juillet au groupe Etat islamique.

Des enfants de djihadistes français sont arrivés en France sans leur mère, restée en Syrie.
Des enfants de djihadistes français sont arrivés en France sans leur mère, restée en Syrie. © AFP / ARIS MESSINIS

Ce sont les premiers enfants de djihadistes français rapatriés d'Irak depuis la chute du groupe Etat islamique, grâce à la Croix-Rouge, à leur avocat William Bourdon, et aux discussions menées ces derniers mois entre les autorités françaises et irakiennes. 

La solution négociée a donc été de laisser partir les enfants sans leur mère (et le dernier de la fratrie, un bébé de quelques mois dont elle ne peut pas se séparer). Le sort de cette dernière, Mélina, reste incertain : toujours prisonnière, elle a pris un avocat irakien mais ne sait pas encore si elle sera jugée.  

Une enquête de la justice des mineurs

Le ministère des Affaires étrangères confirme que "de jeunes enfants français" ont été rapatriés "en coordination avec les autorités irakiennes, dans l'intérêt supérieur des enfants". Le quai d'Orsay ajoute qu'ils "ont été pris en charge par les autorités judiciaires compétentes", mais qu'il ne donnera pas plus de précisions "pour des raisons de sécurité"

D'après nos informations, les deux fillettes de trois et huit ans et le garçon de cinq ans ont été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance de Seine-Saint-Denis, comme c'est en général le cas puisqu'ils atterrissent à Roissy et sont placés dans des familles d'accueil. Leurs grands-parents maternels n'ont pas encore pu les voir.  "Il y a une enquête qui est diligentée, confirme leur avocat William Bourdon. L'urgence c'est de remettre ces enfants sur pied, psychiquement, physiquement. Ce sont des enfants qui ont été récupérés par l'armée irakienne dans un cul de basse fosse en plein bombardement de Mossoul, et qui ont traversé un niveau invraisemblable d'épreuves et de traumatismes. Je sais que sur ce point il y a des équipes qui travaillent. Dans un deuxième temps, nous allons demander au moins d'un droit d'accès pour les grands-parents maternels qui sont des gens tout à fait respectables et très aimants de leurs petits-enfants. Tout cela est soumis à toute une série d'évaluations et de vérifications dont nous souhaitons qu'elle ne s'étire pas de façon excessive dans les prochaines semaines".

Rescapés de la bataille de Mossoul

Ces enfants sont en effet des rescapés de la bataille de Mossoul : avec leur mère, ils avaient été capturés en juillet par les forces irakiennes, complètement affamés, dans les décombres de la ville reprise au groupe Etat islamique. Le père serait mort pendant le siège. 

À des journalistes du Monde avec qui elle était en contact depuis quelques mois, Mélina avait assuré que son mari n'était pas un combattant. Mais les services français en doutent.  

Une soixantaine d'enfants sont déjà rentrés des zones de combats depuis 2013, en général avec au moins l'un de leur parent et via la Turquie. Depuis l'été dernier se pose la question du retour des djihadistes prisonniers de l'Etat irakien ou des forces kurdes en Syrie. "Pour les femmes et les enfants, ce sera du cas par cas", a tranché Emmanuel Macron en novembre. "Tout le monde a tâtonné un peu dans cette histoire estime William Bourdon,  compte tenu de la complexité de la situation, de son caractère sans précédent, et tout cela a conduit les hauts responsables français à forger progressivement une doctrine qui est allée dans le sens d'une humanisation".

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