Mohamed Camara vit un enfer. Un homme, accusé de viols, porte le même nom que lui. Ce qui lui a valu d'être enfermé à trois reprises pour des crimes qu'il n'a pas commis.

Mohammed Camara est innocent mais son homonyme, lui, court toujours.
Mohammed Camara est innocent mais son homonyme, lui, court toujours. © Sipa / SIPA/POL ÉMILE

Ils se nomment tous les deux Mohamed Camara. Tous deux sont célibataires, sans enfants. Ils sont tous les deux nés en janvier 1973, en Guinée, mais pas dans la même ville. Ce qui peut sembler un détail aurait pu permettre à l'un de ces deux hommes de ne pas passer six mois en prison. Car outre leurs villes de naissances, ces deux hommes sont aussi différents dans leur trajectoires, l'un est un criminel et l'autre pas.

Cette histoire rocambolesque a commencé en 2001 pour celui des deux Mohammed Camara qui est innocent. Le jeune homme est étudiant. Il s’apprête à s'inscrire à la faculté de Nantes où il souhaite poursuivre ses études. Mais avant de grimper dans un train qui doit le mener vers Paris, Mohammed Camara est contrôlé par des policiers, un contrôle de routine pense-t-il. C'est à ce moment-là que le piège des coïncidences et des méprises se referme sur lui.

Viols sur mineurs

Les officiers de police entrent son nom dans leurs fichiers et tombent sur son homonyme sans, bien sûr, le savoir. Croyant avoir affaire à un criminel, ils l'arrêtent et le placent en détention. L'homme qu'ils pensent avoir arrêté a commis des viols sur mineurs. Pour cela, il a été condamné par contumace et court toujours.

Un innocent qui porte le même nom que lui est donc mis en prison en Belgique puis en France pendant presque six mois avant que la justice ne comprenne enfin qu'il avait eu méprise. Pendant ces six mois, malgré les protestations de la victime de cette erreur judiciaire, les enquêteurs ne prendront pas le temps d’effectuer certaines vérifications, comme l'explique le journaliste Mathieu Delahousse dans son livre La Chambre des innocents publié chez Flammarion. Pendant six mois, donc, l'étudiant, innocent sera enfermé en prison et accusé de viols sur mineurs.

Pour son avocat, Frédéric Berna, ce traitement est tout simplement incompréhensible :

Il a subi ce que l'on réserve aux pédophiles en détention.

Psychotropes et anxiolytiques

À sa sortie de détention, son conseil explique qui sera directement interné en hôpital psychiatrique, traumatisé par l'expérience terrifiante qu'il vient de vivre. Il ne s'en remet d'ailleurs jamais et vit toujours aujourd'hui sous traitement prenant quotidiennement psychotropes et anxiolytiques. Sa vie a été ravagée par cet épisode judiciaire et depuis il ne peut plus travailler vivant de l'allocation adulte handicapé. Il est certes mal en point mais libre.

Mais, en 2012, le même scénario se répète cette fois à Thionville. Mohammed Camara est encore une fois arrêté et pris pour cet homologue criminel. Il ira encore vingt-quatre heures en prison avant que la justice ne découvre une fois encore qu'elle s'est trompée...

Mais le sort s'acharne et le 22 mars dernier, Mohammed Camara est à nouveau interpellé par la police dans un train en partance pour la Belgique, victime de la même méprise... Après des dizaines de coups de fil, un transfert à Paris et des tests ADN, Il sera finalement libéré.

Le détail de la dernière arrestation raconté par l'avocat de Mohammed Camara,Frédéric Berna, au micro d'Emmanuel Leclère :

Après seize années de cauchemar, la justice a accordé à Mohamed Camara 60 000 euros de réparation. Comme son homonyme, il a 44 ans, mais lui est innocent et brisé, tandis que l'autre, le vrai criminel, est toujours en liberté.

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