Jury du procès Bonnemaison par Gladys Zureck
Jury du procès Bonnemaison par Gladys Zureck © Esba TALM - Angers

Il y a 77 témoins prévus. Les audiences se prolongent chaque jour jusqu’à 21 heures. Sept cas d’empoisonnements sont traités. Mais ce sont des dizaines et des dizaines d’histoires, toutes plus effroyables, qui s’invitent à la barre. Chaque médecin, le temps de sa déposition, vient déverser une de ces expériences qui l’ont tant marqué.

Subitement, on visualise cette femme de 36 ans, souffrant d’un cancer de l’utérus : ”elle était en train de se vider de son sang, elle hurlait”. Thierry est alors jeune interne : “le médecin senior arrive, ressort de la chambre et me dit “tu ne fais rien”. Et là, vous vous retrouvez seul avec votre conscience.”

Puis cette autre: 39 ans, un cancer du sein, deux enfants en bas âge et qui tenait jusqu’à son anniversaire de mariage. ”Elle m’a dit qu’elle avait peur, peur d’avoir mal. Je lui ai dit que je pourrai la sédater”, raconte Anne. “Le seul problème c’est que l’Hypnovel n’a pas marché. Après des heures, elle était toujours vivante en train de me regarder. J'avais l’impression d’être un médecin abject, ça m’a traumatisée”.

Instant d'audience par Othilie Pournain
Instant d'audience par Othilie Pournain © Esba TALM - Angers

Il y a cette vision du “spectacle épouvantable, insoutenable” d’un homme qui vient de s’immoler par le feu : "brûlé au troisième degré, il n'avait plus d'oreille." Au point que Jean décide de lui injecter un sédatif “à des doses incompatibles avec la vie”. Cet "estomac qui éclate littéralement": "on a vu un homme totalement déformé, au pont de devenir comme une sorte de bonhomme Michelin", raconte l'anesthésiste Marie-Pierre.

On est plongé au coeur de “ces matières fécales qui remontent par la bouche”, “ces gens qui se sont tirés une balle dans la tête”, “ces personnes en train de mourir d’étouffement c'est-à-dire un poisson sorti du bocal, les yeux exorbités", ces “jeunes de 17, 18 ans en fin de vie”, ces “râles”, ces “gasps de l’agonie”, “ces bébés qui s’éteignent dans les bras de leur mère”. Jusqu’au trop plein.

Alors, le soir, quand reviennent toutes ces images, on pense aux jurés.

► ► ► ALLER PLUS LOIN| L'affaire Bonnemaison : dossier complet et procès en live

Instant d'audience par Matthieu Boucheron
Instant d'audience par Matthieu Boucheron © Esba TALM - Angers
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.