« C’est une décision tout aussi inutile que la cinquantaine d’autres qui l’ont précédée », se décourage presque Philippe Ohayon, avocat d’un homme de 52 ans, Gérard Atlan, que la cour d’appel de Paris vient de condamner, une nouvelle fois, à 10 mois de prison.

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selle © Fotolia/Ch.Allg

Gérard Atlan serait presque une curiosité psychiatrico-judiciaire. Cet homme, qui a été publicitaire, commercial, technicien télé, garagiste, a le défaut récurrent d’ouvrir des véhicules qui ne lui appartiennent pas pour y voler ce qui s’y trouve. Par exemple : quelques heures après une sortie de prison, Gérard Atlan, en bas du cabinet de son avocat, vole…une selle de cheval. Dont il n’avait évidemment aucun besoin. 50 fois, il a été condamné. 18 ans, c’est le total cumulé du temps qu’il a passé en prison. Et, comme il le disait lui-même à l’audience de la cour d’appel, « plus je fais de la prison, plus mon état de santé mental se dégrade ».

Et c’est toute l’histoire de ce monsieur. Des vols, des condamnations, des sorties de prison, puis des vols, des condamnations etc. Avec entre ces différents moments judiciaires, des expertises psychiatriques.

En 2009, le Dr Skurnik conclue que Gérard Atlan souffre « d’un trouble psychique qui altère son discernement ». En 2010, le Dr Franco admet que les vols commis sont en relation avec des anomalies psychiatriques. En 2011, le Dr Wiltzer lie les vols à une psychose, et conclue là encore à une altération du discernement.

Pour Me Ohayon, son client souffre de TOCs, de Troubles Obsessionnels Compulsifs. Gérard Atlan ne peut pas s’empêcher de voler. Mais voilà, Gérard Atlan n’a ni névrose, ni psychose, ni rien, ont écrit en mai 2012, trois autres médecins experts. Qui ajoutent que Mr Atlan n’a pas de passé psychiatrique. A l’évidence, c’est une erreur. Mais la justice, cet après midi, a donc entériné cette erreur (ce « scandale », cette « farce » selon Me Ohayon). Et laisse Gérard Atlan en prison, où il va purger cette nouvelle condamnation. Il devrait donc dépasser bientôt les 19 années passées –en cumulé- en prison. Soit l’équivalent d’une peine pour assassinat, alors que Gérard Atlan n’a jamais commis le moindre fait de violence. Que des petits vols. Tel celui de cet ordinateur, que les policiers retrouvent blotti dans les bras de Gérard Atlan, alors que celui-ci est endormi dans une cabine téléphonique.

« Mon client n’est pas assez fou pour l’hôpital psychiatrique, mais trop pour la prison », résume Philippe Ohayon. Dans l’affaire Atlan, la justice semble elle aussi souffrir de TOC, comme Troubles Obsessionnels de la Condamnation. C’est notre diagnostic.

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