Christophe Morat
Christophe Morat © MaxPPP / Serge Mercier

Il n’est certes pas bavard, son attitude aujourd’hui tranche tant avec les témoignages de ses anciennes partenaires qui évoquent aux beaux jours le souvenir d’un garçon « charmant, gentil et généreux ». « J’ai toujours été comme ça, c’est vrai » concède Morat sans réussir à esquisser le moindre sourire, « même avec les collègues : jamais un seul accroc ». Rien d’autre ne sort. « Il n’y a qu’avec le personnel médical que j’arrive à en parler. » Le seul point sur lequel Morat paraît ne pas vouloir transiger, c’est sur les accusations d’Annabelle qui, comme les autres parties civiles, affirme avoir eu des rapports non protégés avec lui sans qu’il l’ait tenue informée du risque. « Un soir, c’est vrai, elle est venue à la maison m’apporter un plat sachant que j’étais seul, mais il ne s’est rien passé » insiste Morat, « je voulais pas avec elle ».

Pour le reste, des rares paroles qu’il laisse échapper de son « mur de silence », l’accusé réussit enfin à évoquer le poids de la maladie et de son traitement. S’il a laissé tomber sa trithérapie peu après sa première sortie de prison ? C’est parce que c’était « très lourd. Tout est sur un seul médicament et je n’arrivais plus à combiner ça avec mon métier de chauffeur de car à cause des somnolences ». S’il n’a pas informé ses partenaires de son statut de sérologie positive ? « Une fois j’ai essayé d’en parler » se souvient il, et « ça a été le rejet, ça fait peur à tout le monde le sida, il y en a qui veulent ma peau. »

Poussé par l’émotion, Christophe Morat lâche quelques larmes qui emportent ses dernières occasions d’envoyer des messages à celles qu’il a blessées. « Je regrette de ne pas avoir pris la décision de mettre un préservatif, je regrette profondément les actes que j’ai commis, je regrette d’avoir contaminé Marianne et d’avoir fait prendre des risques aux autres, j’ai envie de leur demander pardon, je reconnais ma culpabilité la dessus, sans problème, mais j’ai encore besoin d’avancer pour pouvoir dire les choses en face de quelqu’un, pour être moins introverti, pour dire qui je suis au lieu que les gens l’apprennent ». Son avocat Me Christophe Bass lui fait remarquer que Marianne justement ne l’avait pas rejeté quand elle a appris qu’il lui avait transmis le virus. « Oui » constate l’obscur Christophe Morat, « je travaille sur ça, je me dis que j’aurais pu la protéger, que j’ai pas su le faire, elle a prouvé qu’elle m’aimait. Aujourd’hui, je préfère être en prison plutôt que de la savoir contaminée ».

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