Réfugié au Liban, d’où il ne peut pas être extradé, l’ex-PDG de Renault-Nissan va recevoir prochainement à Beyrouth la visite des juges d’instruction français.

Réfugié au Liban, d’où il ne peut pas être extradé, Carlos Ghosn va recevoir prochainement à Beyrouth la visite des juges d’instruction français
Réfugié au Liban, d’où il ne peut pas être extradé, Carlos Ghosn va recevoir prochainement à Beyrouth la visite des juges d’instruction français © Maxppp / EPA/Newscom/Wael HAMZEH

C'était il y a un an : le 29 décembre 2019, Carlos Ghosn fuyait le Japon, où il était en liberté sous caution dans l'attente de son procès, pour malversations financières présumées au détriment de Nissan. Au terme d’un voyage rocambolesque, l’ex-PDG était arrivé à Beyrouth le 30 décembre. Depuis, la demande d'extradition des autorités japonaises a été rejetée. Carlos Ghosn possède la triple nationalité française, libanaise et brésilienne. Visé par une demande d'arrestation via Interpol, il ne peut cependant pas quitter le Liban. "Je n'ai pas fui la justice, j'ai échappé à l'injustice", avait-il dit après sa spectaculaire évasion. 

Au Japon, un procès pénal s'est ouvert mi-septembre contre l'ancien responsable juridique de Nissan, l'Américain Greg Kelly, qui risque jusqu'à 10 ans de prison. Au civil, Nissan réclame par ailleurs 80 millions d'euros de dommages-intérêts à Carlos Ghosn.

Et en France ? 

Carlos Ghosn est visé par deux enquêtes judiciaires parallèles, menées à Paris et à Nanterre. C’est pour l’entendre que les juges d’instruction ont d’ailleurs prévu de se rendre à Beyrouth, du 18 au 22 janvier prochain. Un déplacement exceptionnel, dans le cadre d’une convention d'entraide judiciaire, qui n’a pu s’organiser qu'avec l'accord de Carlos Ghosn. Selon nos informations, l’ex-PDG de Renault-Nissan a prévu de répondre aux juges en français, dans les locaux d'un tribunal de Beyrouth, même si les règles de l’entraide voudraient qu’il soit entendu dans la langue officielle du Liban, l’arabe. 

​Que cherchent les juges ? 

La première affaire est instruite à Paris, sur des soupçons d'abus de biens sociaux et de corruption active et passive. Elle vise des contrats de près de 2 millions d'euros passés avec Rachida Dati et avec le criminologue Alain Bauer. Des honoraires distribués par une holding néerlandaise, pour des prestations de conseil auprès de Carlos Ghosn. Dans cette enquête, Rachida Dati a été placée sous le statut de témoin assisté, l’actuelle maire LR du 7e arrondissement de Paris, affirme avoir réellement travaillé en tant qu'avocate pour Carlos Ghosn. 

La seconde affaire est instruite à Nanterre, pour des soupçons d’abus de biens sociaux, abus de confiance et blanchiment. Il s'agit cette fois du financement de deux soirées organisées au Château de Versailles en 2014 et 2016, à l'occasion de l'anniversaire et du mariage de Carlos Ghosn, soirées pour lesquelles des contrats avaient été conclus entre Renault et l'établissement du Château, via une convention de mécénat. Ainsi, pour son mariage, Carlos Ghosn n'avait pas eu à dépenser un centime pour la location du Grand Trianon, évaluée à 50.000 euros. 

Enfin, les juges de Nanterre, dont Serge Tournaire, ancien juge redouté au pôle financier de Paris (il y a instruit, entre autres, des affaires visant Bernard Tapie, François Fillon, Nicolas Sarkozy) s’intéressent à des flux financiers qui leur semblent suspects. Des transferts de fonds entre Renault et un distributeur de véhicules dans le sultanat d’Oman, la société SBA (avec des soupçons de rétro commissions en faveur de Carlos Ghosn), et des dépenses pour des événements et voyages supposés personnels, réglées par une filiale néerlandaise du groupe, RNVB, pour des montants de plusieurs millions d’euros. 

De quoi nourrir les cinq journées d’auditions prévues à Beyrouth en janvier, si la situation sanitaire permet ce voyage. Carlos Ghosn, lui, s’est toujours dit prêt à répondre à toutes les questions des juges… pourvu qu’ils viennent jusqu’à lui. 

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