Si la justice a donné raison à cinq détenus de Haute-Garonne qui dénonçaient les cloisons en plexiglas installées dans les parloirs comme mesure barrière face à la Covid-19, ces cloisons hermétiques restent d'actualité dans d'autres centres pénitentiaires. France Inter a recueilli le témoignage d'un détenu concerné.

Depuis la crise du Covid beaucoup de parloirs ne permettent plus de se toucher, comme ici au centre pénitentiaire du Pontet, à Avignon
Depuis la crise du Covid beaucoup de parloirs ne permettent plus de se toucher, comme ici au centre pénitentiaire du Pontet, à Avignon © Radio France / Laure Debeaulieu

La semaine dernière, le tribunal administratif de Toulouse a donné raison à cinq détenus de la maison d'arrêt de Seysses (Haute-Garonne) qui dénonçaient les cloisons en plexiglas totalement hermétiques, installées dans les parloirs. En réalité, les dispositifs mis en place dans le contexte de la crise sanitaire varient d'un établissement pénitentiaire à l'autre : cela peut aller de la simple plaque amovible d'environ un mètre carré à la cloison de contreplaqué dotée d'une fenêtre en plexiglas. 

Dans le centre pénitentiaire où Faster* est détenu depuis 2018, les parloirs sont désormais dotés d'une cloison en plexiglas qui empêche tout contact physique mais aussi, dénonce-t-il, toute communication normale : 

"Cela va faire un an que je n'ai pas pu serrer les membres de ma famille dans mes bras, embrasser mes enfants, que je ne n'ai pas pu entendre, sans crier, la voix de mes enfants."

Des mesures sanitaires qui pèsent sur le quotidien des détenus. Faster rappelle ainsi que "de haut en bas, tout est bouclé avec une impossibilité de s'entendre et ça ne donne plus envie aux membres des familles de rendre visite à des détenus dans ces conditions-là."

"Un épuisement nerveux des détenus"

Alors certaines familles finissent par renoncer à leur droit de visite. C'est encore plus vrai pour celles qui vivent loin du lieu de détention de leur proche, surtout depuis la suspension des Unités de vie familiale (UVF), ces appartements situés au sein des prison dans lesquels les familles peuvent se retrouver pour une durée un peu plus longue. Résultat, déplore Amélie Morineau, présidente de l'association des avocats de défense pour les droits des détenus, "il y a des parents qui n'ont pas vu leurs enfants depuis plus de douze mois".

"Il y a un épuisement nerveux de la part de la population des détenus. Car ils ont joué le jeu depuis le début de la pandémie", rappelle-t-elle encore. "Ils ont respecté les règles : ils se sont pliés à la fin du travail en détention parce qu'il y avait la crise sanitaire. Ils se sont pliés au fait que dès qu'il y a un cas détecté, ils se font tester dix fois dans la même semaine. Dès qu'il y a un cas positif dans une aile c'est tout l'aile qui est confinée. Ils se sont pliés au fait que tous les parloirs sont suspendus dès qu'il y a un cas positif dans un établissement." 

D'importantes contraintes acceptées sans "aucune contrepartie sur le maintien des liens familiaux", "en particulier vis-à-vis des enfants, parfois en bas âge, et pour lesquels il est incompréhensible de venir visiter 45 minutes, alors que cela fait plusieurs mois que vous n'avez pas vu votre parent, sans pouvoir le serrer dans vos bras", dénonce Amélie Morineau.

Mais l'administration pénitentiaire rappelle que seul un dispositif sanitaire strict a permis la reprise des parloirs en ces temps de pandémie. D'autres mesures ont par ailleurs été mises en place pour favoriser les contacts par téléphone, par exemple.

*Le prénom a été modifié

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