Le double meurtre de Montigny correspond-il au mode opératoire de Francis Heaulme ? Oui, dit un ancien capitaine de gendarmerie devant la cour d'assises de la Moselle ce mercredi.

Francis Heaulme en 1995.
Francis Heaulme en 1995. © AFP / Franck FIFE.

Plus de trente ans après le meurtre de deux enfants de 8 ans à Montigny-lès-Metz, Francis Heaulme est jugé jusqu'au 18 mai devant la cour d'assises de la Moselle, à Metz.

Après les policiers, deux anciens juges de l'affaire sont venus à la barre. Ils avaient rendu un non-lieu en faveur de Francis Heaulme, en 2007. Ce mercredi 10 mai 2017, c'est au tour d'un ancien gendarme d'être entendu.

Un enquêteur méticuleux

Francis Hans, ancien chef de la Section de recherches de Metz, a été entendu pendant plus de sept heures.
Costume gris, cravate, lunettes, il dégage une impression de rigueur.

Entre 2000 et 2002, c'est lui qui a été chargé d'enquêter en vue du procès en révision de Patrick Dils.

Il forme une équipe de six enquêteurs à plein temps, plus deux analystes criminels. La méticulosité de son travail tranche avec les lacunes de l’enquête de police en 1986. En 2000, il n’y a plus de scellés, tout a été détruit. Les gendarmes recoupent des centaines de pièces et de témoignages pour établir la chronologie du jour des faits.

L'ancien capitaine de gendarmerie Francis Hans explique :

Nous avons procédé avec un rigueur totale. Patrick Dils est censé avoir tué les enfants à 18h50. A cette heure-là, il fait nuit noire, les parents d’Alexandre sont déjà en bas du talus. Les enfants n’ont plus été vus en vie depuis 17h15. C’est incohérent.

Dix dossiers comparés

Devant la cour d'assises de la Moselle, Francis Hans explique également de façon très détaillée comment il a comparé dix dossiers criminels, dix "items" dit-il, dans lesquels Francis Heaulme est impliqué.

Une "quasi signature criminelle"

Le capitaine Hans a ainsi dégagé des constantes dans les crimes de l’accusé ; constantes que l’on retrouve selon lui dans le double meurtre de Montigny-lès-Metz :

  • un lieu du crime à l'écart
  • la violence extrême du meurtre, les enfants ayant été tués à coup de pierre avec une sauvagerie extrême
  • L’aspect sexuel, avec des victimes partiellement ou totalement dénudées; ainsi à Montigny un des enfants avait le pantalon baissé
  • une hospitalisation en psychiatrie de Francis Heaulme peu de temps après le crime, "une hospitalisation refuge pour échapper aux enquêteurs", dit le gendarme Francis Hans
  • l'utilisation par Francis Heaulme " de termes militaires", avec une fascination pour l'armée.

Ces concordances ont amené les gendarmes à parler de "quasi signature criminelle" de Francis Heaulme dans l’affaire de Montigny.

Trois auditions

Il y a aussi les déclarations de Francis Heaulme.
Le capitaine Francis Hans l'a entendu trois fois ; c'est à lui que l'accusé a raconté être monté sur le talus, avoir vu les enfants morts et retourné l'un d'eux, avant de rétracter.

"Le parcours de Francis, c'est une logique"

A la barre, le capitaine Francis Hans retrace la vie de Francis Heaulme en assurant : "Le parcours de Francis, c'est une logique."

"Il ne faisait pas bon croiser sa route en 1986"

Le gendarme conclut :

Jamais nous n'aurons de preuve matérielle. Mais j'ai la conviction qu'en 1986 il ne faisait pas bon croiser la route de Francis Heaulme et il est établi que les enfants ont croisé sa route. Ça me trotte dans la tête depuis des années : quelle est la probabilité qu’ils aient croisé la route d’un deuxième tueur ?

Et il ajoute :

Francis Heaume n'a pas tout dit. C'est lui qui détient la vérité.

La défense : "On ne condamne pas sur des présomptions !"

Ce mercredi après-midi, la défense a tenté de déconstruire les dix "items" de l'ancien capitaine de gendarmerie.

Me Liliane Glock, pugnace avocate de Francis Heaulme, a par exemple indiqué que Francis Heaulme avait été hospitalisé 137 fois en 10 ans, avant d'insister sur la présomption d’innocence.

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