C'était l’un des ténors du barreau de Chartres : l'ancien avocat Sidney Amiel passe devant la cour d'assises de Versailles, pour un viol et des agressions sexuelles sur 5 femmes.

Palais de Justice de Versailles
Palais de Justice de Versailles © Maxppp / Olivier Boitet

Le cabinet Amiel, c’était le plus gros cabinet d’avocats de Chartres, spécialisé notamment dans la défense des salariés licenciés. Aujourd’hui, Sidney Amiel est accusé de viol par une ancienne collaboratrice, et d’agressions sexuelles ou tentatives sur deux ex-secrétaires, une cliente, et sa belle-fille âgée de 13 ans à l’époque. Les faits se seraient déroulés entre 2003 et 2010.

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Nadia* est la première à porter plainte en 2010. Quelques mois auparavant, la jeune femme, qui vient d’être licenciée, contacte l’avocat. Elle espère obtenir réparation aux Prud’hommes.

"Juste avant mon procès, j’ai rendez-vous à son cabinet. Il est différent, il se transforme petit à petit, il commence à me regarder et… je me sens comme enfermée. Il change de visage, ses yeux deviennent sombres… Vous devenez le petit chaperon rouge qui croise le loup. Vous ne pouvez plus bouger. Il m’a touchée, il m’a embrassée de force, il m’a emmenée sur un canapé, il a essayé de me coucher sur ce canapé. Encore aujourd’hui, je me demande ce qui a fait qu’il a lâché prise ce jour-là… Parce que ce jour-là, sans aucun doute, il avait prévu de me violer. Je ne dis rien, je m’en vais : tout ce que je veux, c’est sortir vivante de son bureau."

Après sa plainte en juillet 2010, une trentaine de femmes vont témoigner auprès de la police, anciennes secrétaires, collaboratrices, clientes… Elles racontent des comportements de harcèlement, d’agression. Cela va des propositions graveleuses, des mains baladeuses, des cuisses caressées en attrapant un dossier, jusqu’aux baisers forcés, aux relations sexuelles sous la contrainte. Toutes les femmes qui ont travaillé au cabinet Amiel décrivent une ambiance de travail détestable ; la plupart ont préféré démissionner. Les faits allégués se seraient déroulés sur une vingtaine d’années. Nadia ne comprend pas que cela ait pu durer aussi longtemps.

"Je suis sidérée, je suis sous le coup de l’émotion, parce que je m’attendais pas à ce qu’il y en ait autant. Qu’est-ce que le barreau de Chartres a fait pendant toutes ces années ? Plusieurs anciens bâtonniers ont été entendus, ils ont tous dit qu’ils savaient, mais qu’ils ne pouvaient rien faire, parce que les personnes ne voulaient pas porter plainte. Ils ne peuvent pas dire qu’ils ne savaient pas et qu’ils ne pouvaient rien faire, ce n’est pas vrai ! C’est la loi du silence, c’est la loi du plus fort... Et on sait les dégâts que ça a pu causer à Chartres."

"C'est un homme classique, qui aime les femmes"

La plupart des faits dénoncés étant prescrits, cinq femmes seulement sont parties civiles. Suspendu du barreau en mars 2011, après sa mise en examen pour viol, Sidney Amiel, 67 ans, est aujourd'hui retraité. L’ancien avocat nie catégoriquement le moindre geste déplacé, il estime être victime d’une cabale, de jalousies liées à son succès. Son avocat, Me Frédéric Landon.

"C’est un homme classique, qui aime les femmes, il est séducteur, il a du charme, il est intelligent… Il est d’origine orientale, il est très tactile, il a tendance à prendre les gens dans ses bras, mais ça n‘a aucune connotation sexuelle. Je pense qu’on peut mal interpréter ces gestes, qu’il peut y avoir une ambigüité. Je ne dis pas que toutes ces femmes sont des menteuses, mais elles présentent les choses de façon dénaturée. Par ailleurs, il y a un contexte très particulier, Sidney Amiel a été victime d’une sorte de cabale. On vient nous dire que des gens auraient su, mais personne n’a rien fait ? Personne n’aurait agi, tout le monde aurait laissé faire ? Ça paraît invraisemblable. Certaines parties civiles ont d’autres raisons de le mettre en cause, un dossier pas traité comme il fallait, une mésentente avec un patron avocat… Derrière, il y a une volonté de nuire sur le plan professionnel. Certains n’acceptaient pas cette réussite professionnelle, qui a d’ailleurs été anéantie."

Sept ans après la plainte de Nadia, le procès va donc s'ouvrir. La jeune femme a aujourd’hui 38 ans. Elle garde des séquelles de son agression, une hyper vigilance, des crises d’eczéma, des troubles du sommeil. Ce qu’elle espère de ce procès ? Pouvoir faire face, avec les autres femmes, à Sidney Amiel.

"Maître Amiel m’a touchée, il m’a fait mal. Mais je veux lui dire que je suis debout, et si c’était à refaire, je le referai. Je n’ai pas de haine contre lui, c’est bizarre… Je veux juste lui dire que la vie continue, et que lorsque le procès sera terminé, je tournerai cette page sombre de ma vie avec beaucoup de fierté. Il ne pourra pas nier longtemps, les faits sont là... Quand toutes ces femmes sont sorties de l’ombre, ça m’a donné beaucoup plus de courage. À plusieurs, on est plus fortes… Quelque part, on est sœurs dans la douleur. Il ne pourra plus jamais nous faire de mal."

* le prénom a été changé

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