Un ex-salarié du Modem affirme devant la justice que, comme d'autres, il a bénéficié d’un emploi fictif d’assistant parlementaire alors qu’il travaillait au siège du parti.

Jean-Luc Bennahmias lors du débat de la primaire de gauche le 15 janvier 2017
Jean-Luc Bennahmias lors du débat de la primaire de gauche le 15 janvier 2017 © Maxppp / Bertrand Guay

Un ancien salarié du Mouvement démocrate (Modem) a expliqué ce mercredi devant la justice qu’il avait bénéficié d’un emploi fictif d’assistant parlementaire alors qu’il travaillait au siège du parti.


L’ancien salarié, que France Inter a pu rencontrer mais qui souhaite garder l’anonymat, a expliqué qu’il avait été embauché par le parti de François Bayrou avant d’être partiellement détaché auprès du député européen Jean-Luc Bennahmias, qui a pris en charge une partie de son salaire entre janvier et décembre 2011. 
Ce salarié affirme qu’il n’a jamais travaillé pour le compte du député européen.


Jean-Luc Bennahmias, que nous avons joint, explique "ne plus bien [se] souvenir de sa mission". 
"Il devait gérer ma communication lorsque je montais à Paris", raconte l’élu de la circonscription Sud-Est, où son ancien "assistant" explique pourtant ne jamais avoir travaillé.

Ce premier témoignage confirme l’enquête que France Inter a menée ces dernières semaines, qui semble montrer l’existence d’un "système" de financement des salariés du Modem par ses parlementaires : sur la période 2009-2014, une dizaine de salariés du siège du parti étaient parallèlement collaborateurs des députés européens du Modem.

La députée Nathalie Griesbeck a ainsi employé à mi-temps comme assistante parlementaire la standardiste du parti, et ce pendant cinq ans. La députée du Grand-Est le justifie parce qu’elle "avait besoin de quelqu’un pour lui prendre des contacts et gérer ses rendez-vous lorsqu’elle venait à Paris". 
Plusieurs témoins, qui ont souhaité garder l’anonymat, ont pourtant mis en cause cette version. Nathalie Griesbeck admet que cette collaboratrice "ne s’occupait pas du fond des dossiers".

Le député Robert Rochefort a, lui, employé deux salariés du service communication du parti sous le statut d’assistant "local". 
Ils sont censés aider le député dans sa circonscription. Robert Rochefort est élu du Sud-Ouest. Or, d’après nos informations, les deux assistants travaillaient à Paris.

Doubles casquettes

L’eurodéputée Sylvie Goulard, actuelle ministre de la Défense, avait quant à elle comme assistant parlementaire le responsable de la formation des élus au sein du parti.

Marielle de Sarnez, actuellement ministre chargée des Affaires européennes, employait pour sa part, comme assistantes parlementaires au statut local, la cheffe de cabinet de François Bayrou, sa secrétaire particulière et une attachée de presse.

Jean-Luc Bennahmias a également admis avoir employé pendant quelques mois le directeur financier du Modem. "J’avais besoin de quelqu’un pour mettre de l’ordre dans ma comptabilité", nous a-t-il expliqué.

Missions cloisonnées, fonctions réelles ?

En tout, au moins une dizaine de salariés au siège du Modem ont été les collaborateurs des eurodéputés du même parti. 
La plupart de ces salariés étaient employés sur la base de contrats à temps partiel, le parti payant en général le complément. Pour sa défense, le Modem affirme que les choses étaient bien cloisonnées, et que les fonctions qu’ils remplissaient pour les parlementaires étaient bien réelles.

Ce n’est pourtant pas ce qu’a raconté à la justice l’ancien employé du parti qui s’est présenté spontanément mercredi. Plusieurs témoins ayant requis l’anonymat nous ont également confirmé que l’usage était que les députés européens mettent au moins un collaborateur à disposition du parti, notamment en 2009, à une époque où François Bayrou préparait l’élection présidentielle de 2012.

L’ex-eurodéputée Modem-CAP 21 Corinne Lepage avait eu l’occasion de dénoncer ces pratiques dans un livre (Les Mains propres) publié en 2014. 
Elle n’est "absolument pas surprise" par nos révélations. "Je me souviens très bien qu’on m’avait demandé un assistant, et j’ai refusé", nous raconte-t-elle aujourd’hui. "Je leur avais dit que, en revanche, s’ils voulaient qu’un de mes assistants travaille sur un sujet européen pour le parti, c’était tout à fait possible. Ils ne me l’ont jamais demandé."

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.