Dès la première journée de son procès pour fraude fiscale, l'ex-ministre a avoué avoir ouvert un compte en Suisse pour financer le courant politique de Michel Rocard.

Jérôme Cahuzac, lors du premier jour de son procès le 5 septembre 2016.
Jérôme Cahuzac, lors du premier jour de son procès le 5 septembre 2016. © Maxppp / IAN LANGSDON

Après avoir détaillé le parcours qui l'a mené jusqu'au cabinet de Claude Evin, ministre de la Santé, Jérôme Cahuzac doit rapidement répondre à LA question centrale, posée par le président du tribunal :

Pourquoi avoir ouvert le compte (à l'UBS de Genève en 1992, ndlr) ?

L'ex-ministre du Budget accueille l'interrogation par de longues secondes de silence. Avant de demander, calmement, à pouvoir d'abord "revenir en arrière" sur le contexte de l'époque. Il explique comment, en 1991, les partisans de Michel Rocard, qui vient de quitter Matignon, se projettent déjà vers l'avenir : les législatives de 1993 et, surtout, la présidentielle de 1995.

Sans donner de nom, Jérôme Cahuzac raconte qu'il est mandaté au sein de ce cercle pour solliciter l'aide financière de la part d'entreprises de l'industrie pharmaceutique. Un secteur qu'il connaît bien puisqu'en quittant ses fonctions au ministère de la Santé, il devient consultant auprès de ces mêmes entreprises.

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Selon l'ex-ministre, des entreprises approchées acceptent de financer le courant rocardien, mais à condition de passer par des structures financières à l'étranger, car elles ont atteint le plafond autorisé pour des dons d'entreprises. Des dons légaux à l'époque. D'où l'ouverture du compte suisse en 1992.

Les premiers dépôts n'auraient donc rien à voir, dans un premier temps, avec ses activités de chirurgien ou de consultant. Et Jérôme Cahuzac de lâcher, calmement :

C'est du financement d'activité politique auquel j'ai accepté de procéder par militantisme (…) pour un homme dont j'espérais un destin présidentiel.

Mais aussitôt, l'ex-ministre du Budget précise, à propos de Michel Rocard :

Je suis persuadé qu'il ignorait tout de cela.

Immédiatement relancé par le président sur les décideurs et les entreprises qui ont accepté de verser de l'argent sur son compte suisse, Jérôme Cahuzac refuse de répondre. Il ne donne qu'un nom, parce qu'il apparaît déjà dans la procédure, c'est celui du laboratoire Pfizer qui aurait fait deux versements en 1993 pour un montant total de 1 321 500 de francs (201 000 euros). Et d'expliquer, la mine grave :

J’ai beaucoup hésité avant d’en parler. Ce n’est pas si simple.

Malgré les encouragements du président : "La parole est libre et doit être libérée", l'ancien ministre refuser de donner des noms. L’explication a ceci de pratique qu’elle ne peut guère être vérifiée. Le président du tribunal ose alors une hypothèse :

Il est peut-être plus honorable pour vous de dire que cet argent était pour un homme politique, par ailleurs plutôt apprécié, que pour récompenser votre activisme auprès d’un laboratoire ?

Jérôme Cahuzac ne cille pas et reste sur sa version. "Pourquoi ne l’avoir jamais dit", interroge le président.

J’ai décidé de tout prendre sur moi. Pour ne pas faire de mal à Michel Rocard, ni à des gens qui exercent encore le pouvoir aujourd’hui.

Par le passé, le prévenu a déjà menti, "les yeux dans les yeux" et nié "en bloc et en détail" posséder un compte en Suisse. La question se pose dès lors sur le crédit à porter ces aveux incomplets.

Retour sur l'audience avec les tweets de nos journalistes sur place :

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