Les débats sont clos et les trois journées d’audience du tribunal correctionnel de Rennes n’auront donc pas permis de faire émerger le moindre élément nouveau à ce vieux dossier judiciaire sur lequel plusieurs dizaines de magistrats se sont déjà penchés. Tout avait déjà été dit, contredit, répété, contesté, confirmé, nuancé, rétabli, amplifié, déformé. L’inconsolable douleur des familles de Zyed et de Bouna s’opposera toujours à l’inébranlable défense des policiers qui disent avoir fait le soir du drame, ce qu’ils devaient faire. Pouvait on raisonnablement attendre autre chose de ce procès ? Oui, à la marge, dans une déclinaison légèrement plus humaine de leur stratégie de défense, les deux policiers poursuivis auraient pu émettre davantage de regrets. Non pas de ne pas avoir agi différemment, mais de ne pas avoir eu les éléments qui leur auraient permis d’agir autrement, et d’éviter cet accident. Ils auraient pu venir à Rennes avec une main plus généreusement tendue vers ces familles qui finalement, plus qu’une condamnation, réclamaient une prise en compte de leur douleur, la mort de leur enfant, douleur amplifiée par le mépris des autorités politiques de l’époque et la froideur d’une institution républicaine dont un simple mea culpa lui aurait peut-être épargné dix années de tracas procéduraux.

Car bien entendu, on pourra ad libitum reprocher au policier Gaillemin de n’avoir pas eu la présence d’esprit de vérifier plus encore que les adolescents ne s’étaient pas cachés dans les recoins du site EDF dont ils connaissaient le danger. On pourra reprocher à la jeune fonctionnaire Klein de n’avoir pas décroché son téléphone pour alerter EDF (dont elle avait le numéro d’alerte sous les yeux) pour couper le courant du transformateur à titre préventif. Mais jusqu’où peut-on leur reprocher de ne pas l’avoir fait ? Car aujourd’hui, les policiers comparaissent davantage pour les mots qui ont été échangés que pour les actions qui n’ont pas été engagées. Et si Gaillemin, le soir du drame, à quelques mètres du site EDF vers lequel il avait vu s’enfuir deux silhouettes, n’avait pas bêtement ironisé sur le sort des fuyards dont il ne donnait pas cher de la peau, jamais la moindre infraction pénale n’aurait pu être retenue.

Néanmoins, ce procès devait avoir lieu, pour permettre une première et dernière rencontre entre ces deux mondes que tout opposait le 27 octobre 2005 et que tout continuera d’opposer d’ailleurs. Même si la réponse judicaire qui sera rendue dans quelques semaines est dérisoire. Même si la relaxe doit s’imposer parce que le délit de « non assistance à personne en danger » ne parait pas suffisamment caractérisé par une abstention volontaire de porter assistance.

Enfin, il conviendra de regretter la présidence rigide du procès de Rennes. Le rigoureux Nicolas Léger, irréprochable dans sa connaissance du dossier, s’est laissé enfermé dedans. Il n’a pas su laisser l’audience se dérouler une seule seconde sans qu’il la dirige. Sa volonté de maîtriser intégralement les débats l’a conduit à museler la confrontation entre les parties. La moindre question dérangeante des avocats des parties civiles était systématiquement reformulée dans une tournure aseptisée. La moindre émotion exprimée à la barre était immédiatement sanctionnée par une suspension d’audience pour « souffler un peu ». Cet abus de prudence semblait camoufler une peur de se laisser entraîner par des éléments qu’il ne maîtrisait pas. Et a finalement contribué, dans une moindre mesure, à rendre ce procès bien inutile.

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