trois pirates somaliens du tanit devant la justice
trois pirates somaliens du tanit devant la justice © reuters

Tahaer Dahech, ancien haut dirigeant du Comité révolutionnaire libyen, affirme avoir été torturé par des Français lors de la chute du régime. Un juge d'instruction devrait être désigné pour enquêter.

Le 21 septembre, alors que le dictateur est en fuite et Tripoli aux mains des rebelles, Tahaer Dahech est arrêté par la katiba "Chahid Mohamed Madani", et emmené dans un hôtel reconverti en prison en bord de mer. Pendant quarante jours, l'homme âgé alors de soixante ans raconte qu'il a été torturé, par des Lybiens mais aussi par des Qataris et à plusieurs reprises par trois Français: deux hommes "entre 35 et 45 ans, habillés en civil" et une femme "toujours habillée en civil elle-aussi, les cheveux noirs, la peau blanche et mesurant environ 1,65m". D'après ce que Tahaer Dahech, qui parle assez bien le français, aurait pu comprendre, ces Français appartiendraient à un groupe, peut-être des mercenaires, baptisé "Bernard Levi".

Les interrogations portent sur son travail au sein du comité révolutionnaire libyen, sur la famille Kadhafi (Tahaer Dahech est assez proche des fils du dictateur déchu pour avoir leurs numéros de téléphone). D'autres questions sont "plus ciblées" rapporte la plainte: "lieu de stockage des missiles, caches d'armes chimiques, à quels étrangers le colonel Kadhafi avait remis de l'argent".

Tahaer Dahech avait déjà témoigné dans le livre de Catherine Graciet, "Sarkozy-Kadhafi, histoire secrête d'une trahison". Son avocat français, Me Eric Moutet, a déposé hier une plainte avec constitution de partie civile auprès du doyen des juges d'instruction de Paris pour obtenir l'ouverture d'une information judiciaire.

Pour Tahaer Dahech il s'agit de retrouver ces tortionnaires qui lui ont fait vivre 40 jours d'enfer. Les interrogatoires, filmés, avaient lieu le matin. D'après le récit fait dans sa plainte, "nu et cagoulé, il était suspendu à un axe par les bras et les jambes, et balancé la tête en bas pendant qu'il était frappé à coup de bâtons et soumis à des décharges électriques derrière les oreilles, sous les aisselles et sur les testicules. On le contraignait à se mettre pieds nus dans une flaque d'eau dans laquelle on envoyait de courant électrique, de plus en plus fort." La nuit est ponctuée de réveils intempestifs brutaux pour le contraindre "à ramper et à nager sur le sable, au milieu de centaines d'autres prisonniers", dont certains sont régulièrement exécutés devant leur co-détenus.

Libéré le 27 octobre, Tahaer Dahech s'enfuit en Tunisie, dont il est originaire. Interrogé sur ordre d'un juge de Tunis trois mois plus tard (sur dénonciation des nouvelles autorités libyennes, il fait l'objet d'une enquête pour atteinte à la sécurité extérieure de l'Etat tunisien), il dénonce déjà ses tortionnaires français. A l'appui de sa plainte, Me Eric Moutet a joint l'attestation de sortie du nouveau "Conseil militaire libyen" remise à la fin de sa détention, des procès-verbaux d'interrogatoires par les autorités tunisiennes et un certificat médical établi à l'hôpital de Sousse (Tunisie) qui fait état de "cicatrices de plaies cutanées multiples au niveau du dos et des faces antérieures des deux jambes" et d'une "hernie inguinale gauche ayant coïncidé avec l'agression".

Par ailleurs, s'il n'en fait pas état dans cette plainte, Tahaer Dahech affirme qu'il a des informations sur un possible financement libyen de la politique française, mais pour le moment il n'est pas décidé à les donner. Plusieurs proches de l'ancien régime se sont déclarés prêts à témoigner dans ce dossier, comme Bachir Saleh, l'ancien secrétaire particulier du colonel Kadhafi, réfugié en Afrique du Sud.

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