L’avantage du cash, c’est qu’il est difficile de savoir qui en a profité. La découverte de ce système de mise à disposition d’espèces rend néanmoins crédibles les témoignages de certains habitants de Corbeil-Essonnes, qui témoignent avoir reçu des enveloppes en échange de leur "travail" pour convaincre les gens de leur quartier de voter pour Serge Dassault en 2008, ou pour son poulain Jean-Pierre Bechter en 2009 et 2010.Parmi ces témoignages, celui de M.K, par ailleurs mis en examen pour extorsion de fonds suite à la plainte de Serge Dassault, est totalement conforté par les investigations. Le jeune homme, dont le passé judiciaire est assez chargé, avait raconté dès 2010 dans Libération comment Serge Dassault lui avait envoyé 15 000 euros sur un compte en Belgique, par l’intermédiaire de Gérard Limat, avant de lui faire remettre une somme à six chiffres en espèces. Une rémunération en échange de son "travail" selon lui, de rabatteur pour les élections municipales de 2009 et 2010.L’analyse des comptes au Luxembourg utilisés par Gérard Limat fait apparaître d’importants virements, avec des chiffres ronds, pour 15 personnes de Corbeil ou des membres de leur famille, entre 2008 et 2012. Deux proches de Younès Bounouara ont ainsi reçu 1,37 millions de la tirelire luxembourgeoise. On savait déjà que Younès Bounouara, un ancien grand frère des Tarterêts devenu entrepreneur, que Serge Dassault présente comme un ami, avait touché 2 millions d’euros en 2011 via le Liban. Cet argent a semé la zizanie à Corbeil, certains reprochant à Younès Bounouara de n’avoir pas partagé et de les avoir "carottés". Plusieurs témoins ont décrit Younès Bounouara comme le sommet d’un système pyramidal destiné à influencer les votes des électeurs. Younès Bounouara est surtout mis en examen pour tentative d’assassinat pour avoir grièvement blessé par balle Fatah Hou, le 19 février 2013, en milieu de journée et en plein centre-ville de Corbeil-Essonnes. La victime menaçait avec d’autres de "balancer le système Dassault". Après une cavale de dix mois en Algérie, Younès Bounouara s’est rendu et a été placé en détention provisoire.Pour les enquêteurs, les investigations en Suisse confortent donc la thèse d’un système d’achat de votes pour les élections municipales de 2008, 2009 et 2010, et de financement occulte des campagnes électorales.

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