Il s'agit d'identifier qui se cache derrière le pseudonyme "bidule7575", client d'un ex-policier ripou qui vendait des informations sensibles sur le "dark web".

Un mystérieux "bidule7575" a cherché à obtenir la vraie identité de "Christelle" sur internet.
Un mystérieux "bidule7575" a cherché à obtenir la vraie identité de "Christelle" sur internet. © Getty / Westend61

"Christelle", l’une des accusatrices de Tariq Ramadan, porte plainte pour savoir qui a cherché à obtenir sa vraie identité via un ex-policier ripou. Après les révélations du Parisien-Aujourd’hui en France, Maître Eric Morain, l’avocat de "Christelle", a décidé de saisir le tribunal de Nanterre. Il demande que des enquêteurs tentent d’identifier qui se cache derrière le pseudonyme "bidule7575", alias utilisé sur Internet pour obtenir les données personnelles de sa cliente. Des données recueillies pour ensuite la menacer et porter atteinte à sa réputation.

"Haurus", avatar sur le "dark web" d'un policier ripou

Ce sont en fait deux affaires très sensibles qui viennent de se télescoper. La première est celle qui concerne Tariq Ramadan pour des accusations de viol, instruite à Paris. La deuxième, instruite à Nanterre, concerne Haurus, du nom d'un agent de la DGSI, la direction générale de la sécurité intérieure. Haurus est l’avatar d’un policier ripou qui faisait ce que les spécialistes appellent de la "tricoche", à savoir vendre des informations sensibles (adresse de suspect, identification de plaque d’immatriculation, fiches de recherche, etc.) sur les sites de commerce illégaux de l’internet caché, le "dark web".

Haurus s’est fait repérer il y a près de trois ans par des cyber enquêteurs des douanes et par plusieurs service de police. Cet agent ripou, interpellé sur son lieu de travail en septembre 2018, comptait plusieurs dizaines de clients réguliers sur l’une des plateformes illégales francophones de commerce en ligne (cette plateforme a été démantelée depuis). Parmi ses clients, figurait un certain "bidule7575". Or ce mystérieux client apparaît au détour d’un procès-verbal que nous avons pu consulter : il y est mentionné que "bidule7575" a cherché à obtenir les données personnelles de l’une des accusatrices pour viol de Tariq Ramadan.

L’enquête judiciaire, menée par un juge d’instruction du TGI de Nanterre, s’est concentrée sur les nombreuses infractions de Haurus. Mais elle n’a pas cherché à savoir qui se cachait derrière ce mystérieux commanditaire, qui pourrait être en lien direct avec l’affaire des accusations de viol portées à l’encontre de l’islamologue suisse Tariq Ramadan.

"Nous allons nous constituer partie civile"

Comprendre la nature du lien, c’est justement ce que réclame désormais l’avocat de  "Christelle", Me Eric Morain : "Dès aujourd’hui, nous allons nous constituer partie civile [dans la procédure instruite à Nanterre], ce qui vaut plainte, et en ce qui nous concerne nous irons jusqu’au bout", prévient-il. "À ma connaissance, il n’y a jamais eu d’affaire de plainte pour viol où les plaignantes ont autant subi durant des mois, des années - ça fait deux ans et demi que ça dure - autant de pressions de menaces, de harcèlement, de cyber harcèlement. C’est inédit. Et on découvre à travers cette information qu’il y avait, peut-être du côté du clan Ramadan, une manière d’obtenir des informations de manière illégale en les payant."

Selon nos informations, de nombreux clients de Haurus ont laissé des traces numériques sur le "dark web", traces consignées dans le dossier judiciaire. Il reste difficile, et parfois impossible, d’identifier a posteriori ces usagers, très habiles à protéger leur véritable identité. Mais l’un des clients de Haurus a déjà été identifié et arrêté : un homme soupçonné d’être impliqué dans une double affaire de meurtre à Marseille.

C'est maintenant aux magistrats de Nanterre de statuer sur le cas de "bidule7575". En rouvrant l’enquête sur Haurus, déjà bouclée, en ouvrant une autre procédure incidente, ou en transmettant le dossier au tribunal de Paris pour le joindre à celui des accusations portées contre Tariq Ramadan.

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