Une riche Saoudienne sera jugée le 7 mai par le tribunal correctionnel de Paris pour traite d'êtres humains, travail dissimulé et emploi d'étrangers non munis d'une autorisation de travail. Elle réfute totalement ses accusations. Un ancien salarié témoigne.

Une nouvelle affaire de traite d'êtres humains, travail dissimulé et emploi d'étrangers non munis d'une autorisation de travail à Paris
Une nouvelle affaire de traite d'êtres humains, travail dissimulé et emploi d'étrangers non munis d'une autorisation de travail à Paris © Capture d'écran Google Map

Mehdi Guenfoud a travaillé 11 ans comme chauffeur et homme de confiance de Shalimar Sharbatly, une riche Saoudienne qui vit la plupart du temps à Paris. À partir de 2009, il réclame en vain ses fiches de paies. Puis en 2016, après un différend, il est mis à l'écart, puis privé de salaire. Il attend le jugement des Prud'hommes. Le code du travail ? Son ancienne patronne, "s'en fout complètement" dit-il. Mais sa condition était plutôt enviable s'il la compare avec celle des femmes de ménage, originaires d’Érythrée ou de Somalie, et amenées de Djeddah par Mme Sharbatly : "Il y a une chambre, elle fait moins de 7m2, c'est comme une cellule de prison, y avait trois personnes qui dormaient à l'intérieur, mais il faut voir... C'est vraiment des esclaves, [elles] mangeaient des déchets... Et ces filles ne respirent pas l'air dehors, elles sont toujours à la maison." 

Ces employées étaient payées en espèces. "C'est moi qui payait tout le monde, raconte M. Guenfoud, mais les filles ne touchaient pas beaucoup. Elles touchaient 300 dollars par mois, à Djeddah, et quand elles sont venues à Paris elle [Mme Sharbatly] leur a donné 200 euros. Elle a augmenté Maida, je pense 500 ou 600 euros par mois, mais les deux autres filles c'était 300 euros." 

Pourtant, à entendre Mehdi Guenfoud, ce n'est pas l'argent qui manque. Shalimar Sharbatly est héritière d'une riche famille saoudienne, artiste. Elle roule en voiture de luxe, fréquente les grands restaurants parisiens, et dépense beaucoup. _"Elle me disait, "Mehdi s'il te plait, récupère-moi 10 000 euros!" r_aconte Mehdi Guenfoud. Le matin j'appelle la banque, "prépare-moi 10 000". Le soir, elle a plus un sou!". 

"Pas un jour sans insultes"

L'ancien chauffeur-secrétaire particulier l'a vu maltraiter ses employées. "Quand elle rentre, tout le monde se met debout devant l'entrée. Y a pas un jour où y a pas des insultes,  je n'arrive pas à les dire, mais je l'ai dit à la police, du matin au soir ! Elle a son cendrier, parce que c'est une femme qui fume beaucoup, quand la fille oublie de ramener un café, le cendrier part directement vers la fille. Ce sont des agressions visibles, devant des invités qui sont des Français qui viennent voir Madame..." 

L'avocat de Mme Sharbatly, Elie Hatem, réfute totalement ces accusations. Il estime que M. Guenfoud agit par vengeance, que les femmes de ménages ont été manipulées et auraient proféré de telles accusations pour bénéficier d'un titre de séjour et de la protection accordée aux victimes de traite. Il affirme par ailleurs qu'en tant qu'homme de confiance de Mme Sharbatly, il était de sa responsabilité de déclarer les employés de maison à l'URSSAF.

Mais un autre ancien employé de Mme Sharbatly, M. Azaiev, avait saisi l'inspection du travail après avoir, selon ses déclarations, servi d'agent de sécurité pendant près de deux ans sans contrat de travail ni bulletins de salaire. Il avait lui aussi relaté que plusieurs employées de maison étaient entassées dans une chambre de bonne, mal nourries et payées de manière dérisoire. Selon lui, leur patronne retenait leurs passeports. Mehdi Guenfoud raconte pour sa part qu'une fois les visas expirés, il envoyait un lot de passeports à Djeddah pour qu'ils soient renouvelés. L'inspection du travail a saisi le parquet de Paris le 31 août.

Une dizaine d'employés ont été entendus par la police. Me Stéphane Szamès défend certains d'entre eux et demande des mesures pour les plus vulnérables : "Ce sont des personnes qui ne parlent pas le Français, du tout, qui demain vont se retrouver à la rue. Je pense qu'il est important que ces personnes soient accompagnées, grâce à ces personnes on a pu effectivement mettre au grand jour des pratiques qui sont d'un autre temps". Les trois femmes de ménage ont trouvé un hébergement provisoire. 

Mme Sharbatly a été interpellée et placée en garde à vue le 18 avril (comme l'avait révélé Le Point), une mesure assez rare dans ce type de dossier. Elle sera jugée le 7 mai prochain

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