Une telle amende n'aurait-elle qu'un effet symbolique ? Cinq députés ont réfléchi à la meilleure façon de sanctionner ce qu'on appelle couramment le "harcèlement de rue", c’est-à-dire les gestes déplacés, les sifflements, les remarques obscènes ou le fait de suivre une personne.

Est-il possible d'interdire le harcèlement de rue grâce à une amende ?
Est-il possible d'interdire le harcèlement de rue grâce à une amende ? © Maxppp / L'Alsace/Thierry GACHON

Dans leur rapport, remis ce mercredi après-midi aux ministres de l'Intérieur, de la Justice, et de la Secrétaire d'État chargée de l'égalité, ils proposent la création d'une infraction "d'outrage sexiste et sexuel", puni d'une amende minimum de 90 euros. La proposition devrait être reprise dans le texte de loi sur les violences sexuelles, prochainement présenté en Conseil des ministres. 

Dire ce qui est interdit et ce qui ne l’est pas 

Opter pour une contravention permet de ne pas rendre la plainte obligatoire et permet des verbalisations en flagrance. Mais comment l'infraction sera-t-elle constatée ? Il faut qu'un policier soit présent ou que les faits puissent lui être rapportés de manière crédible, par exemple grâce à une vidéo.

Pour savoir si c'est efficace, on dispose par exemple de l'expérience belge. Une loi sur le harcèlement y a été adoptée en mai 2014. Les Belges réagissent alors à la diffusion, en 2012, d'un documentaire réalisé par Sofie Peeters, une étudiante qui a filmé en caméra cachée le quotidien des femmes dans les rues de Bruxelles.

La loi belge prévoit une amende de 50 à 1 000 euros et une peine d'emprisonnement d'un mois à un an. 

Un an plus tard, on constate que trois plaintes seulement ont été enregistrées, car les victimes ont été confrontées à la difficulté de prouver leurs dires, ou à la police de constater le flagrant délit. Mais aussi parce qu'une femme sur deux seulement sait qu'elle peut déposer plainte. Même les fonctionnaires de police ne sont pas forcément au courant de l'existence de la loi.

Le harcèlement de rue n'est pourtant pas en baisse : une étude publiée à l'automne note que 90 % des femmes de moins de 35 ans ont été victime de comportements sexistes pendant l'année écoulée.

L'association Touche pas à ma pote relance régulièrement des campagnes d'information, notamment pour permettre aux femmes de faire des signalements avec leurs téléphones. 

Il y a aussi des campagnes sauvages. On a vu récemment fleurir des affiches avec un message choc... 

Quand certaines femmes ont vraiment envie de passer le message....
Quand certaines femmes ont vraiment envie de passer le message.... / DR

Pour changer les mentalités, plutôt qu'une amende qui risque de n'être que symbolique, peut-être, finalement, vaudrait-il mieux tout simplement procéder à des campagnes d'informations régulières.

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