« Pas assez d’ordinateurs, une voiture pour quinze ». Le commissaire Wallet l’a raconté à la barre. Au début des années 2000, le commissariat de Boulogne-sur-mer manque cruellement de moyens. Quand l’affaire d’Outreau prend de l’ampleur, les quatre enquêteurs en charge de l’enquête – au milieu de 80 dossiers – sont vite dépassés.

Alors le juge d’instruction Fabrice Burgaud saisit la police judiciaire de Lille. Jean-Yves Boulard et son supérieur François-Xavier Masson voient alors arriver l’affaire sur leur bureau. Nous sommes à l’été 2001. Myriam Badaoui, Thierry Delay, Aurélie Grenon et David Delplanque ont déjà été interpellés. Ils ont reconnu les faits … et commencer à accuser, à donner des noms.

Des noms ensuite transmis aux enquêteurs : « dans ce dossier qui était assez particulier pour nous, nous faisions uniquement des vérifications à partir des différents témoignages qui nous étaient communiqués par le juge d’instruction. On n’avait jamais vu les mis en examen, on ne les a jamais interrogés », explique à la barre François-Xavier Masson.

Costume gris, cheveu ras, le commissaire de police de 47 ans a un souvenir très précis de l’affaire. Il répond de manière claire, détaillée.

En charge des premiers interrogatoires de Daniel Legrand père et fils, il raconte : « pendant la garde à vue, on a l’impression que les gens sont abasourdis par ce qui leur arrive. L’enquête n’avance pas pendant cette phase ». Les Legrand sont néanmoins mis en examen et immédiatement incarcérés. Un mois plus tard, depuis la prison de Loos où il est à l’isolement, Daniel Legrand avoue avoir participé au viol et au meurtre d’une fillette. Devant le juge d’instruction qui est le seul à la rencontre, Myriam Badaoui confirme.

Les enquêteurs pensent alors pouvoir enfin interroger la principale accusatrice du dossier.

François-Xavier Masson raconte : « notre grand drame à nous c’est qu’on n’a jamais eu en face de nous Myriam Badaoui et les principaux accusateurs. Au moment de la révélation du meurtre, on s’était dit qu’on avait une occasion en or de reprendre un peu la main, de pouvoir interroger Myriam Badaoui. Ca n’a pas été le choix fait pas le juge d’instruction. A notre grand regret. »

A la barre, le commissaire de police confie : « Je me souviens avoir dit à mes collègues: « ou ce meurtre est vrai et l’affaire d’Outreau tient. Ou il n’est pas vrai et ça s’effondre ».

Les investigations sur le meurtre de la fillette ont abouti à un non-lieu.

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