C'est une première: une famille palestinienne porte plainte à Paris contre une entreprise française, pour "homicide involontaire" et "complicité de crimes de guerre".

Maison détruite dans la bande de Gaza lors de l'opération Bordure protectrice
Maison détruite dans la bande de Gaza lors de l'opération Bordure protectrice © Reuters / Mohammed Salem

C'était le 17 juillet 2014, à Gaza, pendant l'opération "Bordure protectrice". Sur le toit de la famille Shuheibar, à Gaza City, cinq enfants s'amusent. Il est 17H40, l'heure de la rupture du jeûne approche. Sans sommation, un missile israélien frappe le petit groupe. Trois enfants, Afnan, une petite fille de 8 ans, et deux garçons de 9 et 10 ans, Jihad et Wassim, sont tués. Les deux autres, deux garçons de 9 et 15 ans, sont blessés.

Les enquêteurs de la commission spéciale de l'ONU ont interrogé les témoins sur place : il n'y avait aucun combattant armé dans le bâtiment. Israël n'a jamais précisé quelle était la cible militaire visée par ce tir de missile, lancé depuis un drone.

Photo des trois enfants tués lors du bombardement - Anne Paq/Activestills.org
Photo des trois enfants tués lors du bombardement - Anne Paq/Activestills.org / Anne Paq/Activestills.org

C'est une photographe qui remarque, parmi les débris du missile, un composant sur lequel est écrit "Eurofarad France". Il s'agit d'un "capteur de position", fabriqué par la société française Exxelia Technologies. La présence de ce composant fait de l'entreprise la possible complice d'un crime de guerre, selon Joseph Bréham, l'avocat de la famille Shuheibar.

"On reproche à Exxelia Technologies d'avoir fourni cette pièce, en sachant qu'elle allait être intégrée dans un missile, et en sachant que l'armée israélienne était susceptible de commettre des crimes de guerre. Mon premier objectif, c'est qu'il y ait une enquête, et que la famille Shuheibar, et au delà, toutes les victimes civiles à Gaza, comprennent que la France essaie d'empêcher que des citoyens français ou des entreprises françaises soient complices de crimes de guerre."

Soutenue par l'ONG ACAT, Action des Chrétiens pour l'abolition de  la torture, la famille Shuheibar a donc remis sa plainte entre les mains du parquet de Paris. Du côté d''Exxelia, on ne fait pas de commentaire. Interrogée par Le Monde, l'entreprise a simplement rappelé que ses ventes à l'exportation respectent les règles fixées par la loi. Il n'existe aucun embargo sur les ventes d'armes ou de matériel militaire à Israël.

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