Femen à la Madeleine
Femen à la Madeleine © Corbis / Jacob Khrist Demotix

L'ancienne membre du groupe féministe, Eloïse Bouton, a été condamnée ce mercredi à un mois de prison avec sursis. Elle était poursuivie pour une action seins nus dans l'église de la Madeleine a Paris, en décembre 2013.

A l'annonce de la décision du tribunal correctionnel de Paris, elle s'est dite "hallucinée" par une telle condamnation. Eloïse Bouton, 31 ans, était poursuivie pour exhibition sexuelle.

Le 20 décembre 2013 au matin, la jeune femme s'était dirigée, torse nu, vers l'autel de l'église de la Madeleine, à Paris, face à une dizaine de personnes présentes alors qu'une chorale répétait dans l'édifice. Une action pour dénoncer les positions de l'Eglise au sujet de l'avortement.

Ce jour-la, Eloïse Bouton portait sur le dos l'inscription "Christmas is cancelled" (Noël est annulé) et sur le ventre "344e salope", en référence au manifeste de 343 femmes appelant à la dépénalisation de l'avortement et à la légalisation de l'interruption volontaire de grossesse en 1971. Elle avait ensuite déposé des morceaux de foie de veau censés représenter l'avortement de l'enfant Jésus.

Exhibition sexuelle

C'est bien cette qulification d'exhibition sexuelle qui offusque la jeune femme pour laquelle il s'agissait d'un "acte militant féministe". Elle ajoute :

C'est très grave pour la liberté d'expression et le militantisme féministe et le militantisme tout court", c'est une atteinte à la liberté d'expression

Eloïse Bouton répond à Jean-Philippe Deniau

Pour elle, le fait que l'action se soit déroulée dans un édifice religieux a "bien sûr" changé les choses", mais elle rappelle que "Femen n'a jamais été condamné dans aucun autre pays pour exhibition sexuelle, même en Tunisie, même en Turquie, même en Ukraine".

Une juste reconnaissance pour le diocèse de Paris

C'est la deuxième fois en France qu'une Femen est condamnée pour exhibition sexuelle. La matin même de la comparution d'Eloïse Bouton, le 15 octobre, une militante ukrainienne qui avait attaqué la statue de cire du président russe Vladimir Poutine au musée Grévin a été condamnée par une autre chambre du tribunal à 1.500 euros d'amende pour exhibition sexuelle et dégradation. L'avocat d'Eloïse Bouton, Me Michaël Ghnassia, s'est étonné de cette différence de peine, sa cliente ayant été condamnée à de la prison avec sursis.

Condamnée en outre à verser 2.000 euros de dommages et intérêts et 1.500 euros pour les frais de justice au curé de la Madeleine, la jeune femme a annoncé qu'elle ferait appel de la décision.

Maître Laurent Delvolvé, avocat du curé de la Madeleine, a quant à lui estimé que cette décision vient rappeler "le respect dû en toutes circonstances à tous les lieux de culte, et notamment aux lieux de culte catholique :

Le tribunal vient rappeler qu'on ne peut pas faire n'importe quoi au sein d'un édifice religieux sans risquer de se faire condamner pénalement

"Le diocèse de Paris considère que c'est une juste reconnaissance de l'atteinte qui a été portée à l'affectation cultuelle, au libre exercice du culte et à la liberté religieuse", a-t-il conclu.

La riposte du mouvement

Avant même l'annonce de cette condamnation, la réponse de la branche française du mouvement Femen n'a pas tardé. Dans une tribune, relayée par le site huffingtonpost.fr, Inna Shevchenko interpelle la garde des Sceaux Christiane Taubira. Dans cette lettre ouverte, intitulée "Madame la ministre, nous sommes féministes pas exhibitionnistes", la chef de file française demande a être recue au ministère de la Justice.

Au nom de l'égalité femme-homme portée par la Constitution, Femen demande "un éclaircissement et une précision de la définition légale de "l'exhibition sexuelle" où les amalgames sexistes n'auraient plus leur place".

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.