« J’ai été nommée pendant le procès, en urgence. J’ai reçu les enfants un dimanche. »

Sur l’écran géant de la visioconférence : une femme blonde, assez forte. Pull bleu et foulard bariolé.

Lorsqu’elle reçoit Cherif, Dimitri, Jonathan et Dylan, ils ont respectivement 14, presque 12, 10 et 8 ans. On est alors en plein procès de Saint-Omer. Les quatre enfants Delay ont déposé à la barre et, surtout, leur mère – principale accusatrice pendant l’instruction – a innocenté l’ensemble des accusés à l’exception de son mari et d’un couple de voisins. Le procès d’Outreau fait alors la une des médias. L’affaire explose en plein vol.

Aujourd’hui, Brigitte Bonnafé raconte : « quand je rencontre ces enfants, la parole est polluée pour moi par différents paramètres. » Alors, elle se refuse à poser des questions « intrusives » : « je me suis dis que je n’allais prendre que ce qu’ils avaient à me donner ».

En l’occurrence, le récit de leurs sévices, des noms qu’ils disculpent – « vous voyez Marécaux, il n’a rien à foutre là, je pèterais même les plombs pour lui. Karine Duchochois elle a rien à faire là. Le taxi Martel, je crois pas non plus » lui confie alors Cherif ; « j’ai pas vu Roselyne taper mais j’ai dit ça parce que Dupond-Moretti m’emmerdait » raconte de son côté Dimitri – mais aussi d’autres qu’ils continuent à accuser. Dont un acquitté dont la psychologue se refuse à livrer le nom aujourd’hui.

Dans sa déposition depuis la cour d’appel de Douai – où on l’a installée à la place du président – Brigitte Bonnafé se veut prudente. Aucune conclusion définitive. Aucune certitude assénée avec force. L’experte n’est catégorique que sur un point :

« Aucun des quatre ne m’a jamais parlé de monsieur Daniel Legrand. Ils ne m’en ont pas parlé alors qu’ils ont évoqué d’autres noms. Il y avait quand même une palette assez large de noms cités et monsieur Legrand n’est jamais apparu, chez aucun des quatre enfants. »

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