C'est une information de France Inter et la RTBF : la mère d'un djihadiste du groupe État islamique a été récemment entendue par la juge belge en charge du dossier des attentats. Déjà mise en examen pour avoir envoyé d'importantes sommes d'argent à son fils, Véronique L. est soupçonnée d'avoir financé ces attaques.

La mère d'un djihadiste est accusée d'avoir financé les attentats du 13 novembre
La mère d'un djihadiste est accusée d'avoir financé les attentats du 13 novembre © AFP / téphane de SAKUTIN

Lorsqu'on la rencontre dans son appartement surchargé de la commune bruxelloise de Saint-Gilles où des piles d'archives côtoient les litières de ses quatre chats , Véronique L. se présente avant tout comme une maman. Sa fille, étudiante, vit toujours avec elle. Son fils, Sammy Djedou, a quant à lui quitté la Belgique pour la Syrie en octobre 2012, à une date où ce phénomène de départs est encore totalement méconnu des autorités. Une fois sur place, il réclame très vite de l'argent à sa mère : "une fois c'était pour une voiture, une fois c'était parce que sa maison avait brûlé, une fois c'était parce que sa femme [une Syrienne épousée sur place ndlr] allait accoucher et qu'il fallait une césarienne."

Au total, Véronique L. envoie plus de 65 000 euros à son fils, des virements qui s'étalent depuis ses tous premiers mois en Syrie jusqu'en mars 2015. Le dernier contact avec son fils date d'août 2015.

Des sommes importantes, des dates préoccupantes

Mais trois éléments en particulier ont attiré l'attention des juges d'instruction bruxellois : les montants envoyés tout d'abord, du jamais vu jusqu'alors. Cet argent, Véronique L. l'a hérité de son père en 2014. Alors aujourd'hui elle explique avoir donné à son fils "sa part d'héritage, point barre." 

Le rôle joué par son fils au sein du groupe terroriste état islamique interpelle également. Souffrant depuis son enfance de problème à la hanche, il ne peut combattre. Alors il grimpe progressivement les échelons de l'organisation terroriste. Jusqu'à devenir le recruteur de certains membres des commandos du 13 novembre. On le savait proche du commanditaire de ces attentats, Oussama Atar. Récemment, un djihadiste revenu de Syrie l'a désigné devant les enquêteurs comme celui "qui allait aborder les gens qui seraient envoyés en Europe pour commettre un attentat". Dans les rangs de l'état islamique, Sammy Djedou aurait d'ailleurs eu "des contacts" avec Chakib Akrouh et Abdelhamid Abaaoud, tous deux membres du commando des terrasses, a rappelé la juge d'instruction à Véronique L. lors de son audition. 

Enfin, les dates des derniers virements effectués par Véronique L. pèsent contre elle dans ce dossier. A deux reprises, en mars 2015, elle envoie plusieurs milliers d'euros à son fils, "à des moments où les attentats de Paris se préparent" lui a reproché la juge belge en charge du dossier des attentats du 13 novembre. 

Mise en examen pour financement terroriste

De là à estimer que Véronique L. a financé en partie les attentats du 13 novembre 2015, il n'y a qu'un pas. Que la juge d'instruction n'a pas franchi pour l'instant. Si la mère de famille, déjà mise en examen pour financement de terrorisme et participation à une activité terroriste, a été entendue le 6 septembre dernier pendant près de 10 heures par les enquêteurs antiterroristes, elle est ressortie libre et sans poursuites dans le dossier des attentats de Paris et Saint-Denis. Ce qui n'exclut pas une mise en examen ultérieure, chose impensable selon l'avocat de Véronique L., Me Alexis Deswaef : "ce serait inconcevable de voir cette dame d'un âge respectable, avec ce qu'elle a vécu, de se retrouver sur les bancs des accusés avec les principaux suspects des attentats de Paris. C'est pas ça qui va faire éclater la vérité, progresser la justice. Nos pays attendent les procès de ces attentats, mais je ne pense pas que c'est la place des mamans d'être sur le banc des accusés". 

Les enquêteurs examinent désormais les ordinateurs et téléphones de Véronique L. 

Sammy Djedou, coauteur présumé des attentats

Quant à son fils, Sammy Djedou, alias Abou Moussab, bien que supposé mort en Syrie, abattu par un drone américain en décembre 2016, il fait l'objet d'un mandat d'arrêt dans le dossier du 13 novembre en tant que coauteur des attentats qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés. 

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