Suite à ces écoutes téléphoniques, l’avocate de Fatah Hou, Marie Dosé, vient de déposer une plainte pour "association de malfaiteurs." Au micro de France Inter, Fatah Hou se dit persuadé qu’on a tenté de le faire taire parce qu’il en savait trop sur le « système Dassault. »

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Le 19 février 2013, Fatah Hou est hospitalisé entre la vie et la mort, après avoir reçu trois balles de calibre 28 dans le corps. Lorsqu’il se réveille, les médecins lui annoncent qu’il risque de rester tétraplégique. Ce boxeur de 33 ans livre son plus dur combat. Aujourd’hui il marche à nouveau, mais avec difficulté. Il ne peut pas vous serrer la main : "Ma moelle épinière a été touchée, dit-il. Je ne pourrais plus avoir d'enfant. Je ne ressens plus aucune sensation des pieds jusqu'au nombril".

Huit mois après la fusillade, il a consulte le dossier judiciaire et découvre que ses origines marocaines semblent avoir fait de lui une cible. Selon Fatah Hou, il ne s’agissait nullement de faire de la médiation avec sa famille proche …. puisqu’elle se trouve en France !

Lorsque nous l’interrogeons, il se dit rétrospectivement très inquiet, envisageant tous les scénarios possibles : "Qu’est-ce qui aurait pu m’arriver au Maroc ? 10 ans ou 20 ans de prison? Ils auraient mis de la drogue dans mes bagages ? La prison au Maroc ce n'est pas comme en France. La justice non plus. (...) J'aurais eu de sérieux problèmes."

Pourquoi, la mairie aurait pu lui en vouloir ? « J’avais de quoi balancer le système, répond Fatah Hou. Avec tous les gens que je connais qui auraient pu me ramener des preuves, j'étais une personne à abattre »

"J'allais constamment au Maroc, ils le savaient": Fatah Hou avec Sara Ghibaudo

Le 10 novembre 2012, Fatah Hou avait tourné avec René Andrieux, une autre figure de Corbeil, une vidéo clandestine de Serge Dassault où ce dernier reconnait « avoir tout donné à Younès (ndlr Younès Bounouara) ». Cette vidéo, dont Médiapart a publié des extraits, et qui circule désormais sur internet, alimente les soupçons.

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Depuis mars 2013, une instruction est ouverte au Pôle financier à Paris pour achats de votes, corruption, blanchiment, abus de biens sociaux.

« Monsieur Dassault a distribué de l’argent à tout le monde »

Au micro de France Inter, Fatah Hou décrit la dérive clientéliste qui, selon lui, a fait couler le sang à Corbeil-Essonnes, début 2013.

Serge Dassault
Serge Dassault © Radio France / MEDEF

"A Corbeil, aujourd'hui, les meilleurs amis ne se parlent plus à cause de l’argent, témoigne Fatah Hou. Monsieur Dassault a distribué de l'argent à des gens qui allaient ensuite s’en vanter. Dassault balançait qu’il avait donné de l’argent à d’autres personnes ... Ça a crée des tensions entre les meilleurs amis du monde."

Paradoxalement, son regard sur Serge Dassault est plutôt compréhensif : "Dassault, il est gentil, assure-t-il. Les gens ont abusé de sa gentillesse, notamment les personnes de son entourage. Ça a foutu la merde à Corbeil ..."

Fatah Hou confirme surtout que "la générosité" de Serge Dassault avait principalement pour but de conforter son emprise sur la ville, ravie au Parti communiste en 1995.

"Pour se faire élire, Dassault est obligé de payer des groupes qui lui ramènent des voix. Mais parfois des jeunes ne sont pas payés. Il y a un Younès Bounouara qui vient: il prend des groupes et dit : "Toi tu fais ce secteur là, toi tu fais celui-là ... T'inquiètes pas, on va manger ! "C’était le terme employé par Younès. Mais, en fait, il n’y a que lui qui a "mangé" dans l'histoire. Il a escroqué tout le monde."

Aujourd’hui, Fatah Hou explique qu’il veut tourner la page des "années Dassault."

"Monsieur Dassault a distribué de l'argent": Fatah Hou au micro de Sara Ghibaudo

Ce n’est pas la première fois qu’un témoin dénonce des achats de votes pour les élections municipales de 2010. Jean-Pierre Bechter s’en indigne une nouvelle fois : "Je répète que j'ai eu 750 voix d'avance et qu'il n'y a eu aucune observation dans les vingt-six bureaux de vote, nous dit-il. Aucun de mes adversaires n'a fait appel des élections, donc ce n’est pas la peine de raconter qu'il y avait des achats de voix : il n'y en avait pas besoin. Pour gagner avec 750 voix d'avance, il faut vraiment en acheter beaucoup."

Quant à Rachid El Madhi, c’est sans doute son projet d’écrire un livre dénonçant "le système Dassault" qui lui a valu d’être dans le collimateur de la mairie.

Ce père de famille de 51 ans, ancien militant UMP, s’est présenté au premier tour des municipales en 2009 (il a récolté un peu plus de 1% des voix) avant d’appeler chaleureusement à soutenir Jean-Pierre Bechter et Serge Dassault. "Je n’ai jamais touché d’argent, nous affirme Rachid El Madhi, mais j’avais commencé à collecter des informations. La ville me déteste."

Les fusillades de janvier et février 2013 l’auraient finalement dissuadé d’écrire sur le sujet. Depuis, Rachid El Madhi a effectué plusieurs voyages au Maroc sans être inquiété. Quant à Jean-Pierre Bechter, lorsque nous l’interrogeons sur le sujet, le nom de Rachid El Madhi ne lui évoque rien.

Nous n’avons pas réussi à joindre Mamadou Kebe.

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