Information France Inter / Le JDD : la famille d’un médecin syrien, mort à 37 ans dans les geôles du régime en novembre 2014, saisit le procureur de Paris.

 Dans un hopital de campagne à la frontière syrienne et jordanienne
Dans un hopital de campagne à la frontière syrienne et jordanienne © Reuters / Muhammad Hamed

Le parquet de Paris a déjà ouvert une enquête préliminaire pour "crime de guerre", en septembre 2015, sur la base du "rapport César", ces photos de milliers de cadavres torturés et affamés livrés par un ancien agent de la police militaire syrienne. Mais c’est la première fois qu’un Franco-syrien saisit directement la justice pour la disparition d'un proche. Mustafa Abdul Rahman, installé en France depuis les années 80, veut faire la lumière sur la mort de son frère Hicham, décédé le 20 novembre 2014 dans la prison de Sednaya, au nord de Damas, après deux ans et demi de détention sans jugement.

Soigner coûte que coûte

Mustafa Abdul Rahman est pédiatre, son frère cadet était cardiologue. Hicham Abdul Rahman fait partie de ces médecins syriens qui s’engagent, dès le début du soulèvement populaire en mars 2011, pour soigner les manifestants blessés dans des dispensaires et des cliniques clandestines. Car la répression du régime se poursuit jusque dans les hôpitaux publics, impossible de s'y faire soigner sans risquer d'être arrêté. Hicham Abdul Rahman fut l'un des fondateurs de l’Association d’aide aux victimes en Syrie. Mustafa anime alors la branche française, qui envoie des fonds et du matériel.

Hicham Abdul Rahman est arrêté le 19 avril 2012, à Damas. Sans nouvelles, sa famille se lance dans de longues et coûteuses recherches, comme tous les proches des nombreux disparus, raconte l'avocat Hakim Chergui: "Vous payez des intermédiaires, qui sont dans l’armée, et qui peuvent aller voir un supérieur pour demander des informations. Cela a duré deux ans, ils ont versé plusieurs dizaines de milliers d’euros. Ils ont appris qu’il était détenu dans une prison, Sednaya. Ils s’y rendent, obtiennent un rendez-vous. Ses deux sœurs vont le voir en tout et pour tout quatre minutes, derrière un grillage et un homme armé. Il leur a déjà fallu deux minutes pour le reconnaître, il était passé de 110 kg à 50 kg".

Un combat contre l'impunité

Après sept mois à nouveau sans nouvelles d'Hicham, des agents du régime viennent annoncer sa mort à sa famille. Le motif invoqué sur le certificat de décès est commun à de nombreux prisonniers : arrêt cardiaque. Son corps n’a pas été restitué.

Sa veuve et ses quatre enfants ont obtenu l'asile politique en France. Le 8 juillet, son frère Mustafa, gravement malade, a déposé à Paris une plainte avec constitution de partie civile pour torture, violences, disparition forcée et homicide. Pour son avocat Hakim Chergui, c'est un combat contre l'impunité: "Si cette plainte devait aboutir, cela aboutirait à gêner les services de Bachar el-Assad, qui est déjà isolé diplomatiquement. C’est compliqué pour des gens qui sont condamnés par une justice européenne de pouvoir se déplacer, de continuer à jouir des biens qu’ils ont tous plus ou moins installés hors de Syrie. On peut leur compliquer la vie et puis surtout on peut libérer la parole, envoyer le message à des millions de personnes qu’il y a une justice, qu’il y a des gens qui se battent pour eux".

Cette plainte va d’abord se heurter à des obstacles juridiques. Mustafa Abdul Rahman sait qu’il engage un long combat pour la mémoire de son frère.

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