Un document publié ce vendredi par WikiLeaks montre qu’Areva a abandonné son gisement de Bakouma, en Centrafrique, en 2012, sans respecter ses obligations en matière de santé et de sécurité. Le groupe nous assure avoir depuis remédié à cette situation.

L’affaire Uramin est en partie responsable de la déconfiture d'Areva. A Paris, les juges du pôle financier cherchent à comprendre comment le géant du nucléaire a déboursé en 2007 près de deux milliards d'euros pour des gisements non rentables, et surtout si cela cache une vaste escroquerie ou de la corruption. Ce que l’on sait moins, et que montre un document publié aujourd’hui par WikiLeaks, c’est qu’en 2012, Areva, dépitée, a laissé en plan sa mine centrafricaine radioactive. D’après un rapport (non daté), du "comité de suivi du processus de retrait de la société Areva Ressources Centrafrique", créé par le ministère des mines, l’entreprise française n’aurait pas pris toutes les précautions nécessaires pour protéger ses salariés des rayonnements ionisants.

la protection des salariés en question

Ce comité rend compte d’une mission qui s’est déroulée du 14 novembre au 13 décembre 2012. Le 7, le comité croise un convoi qui ramène justement à Bangui des salariés et leurs familles, entassés dans des camions et minibus avec bagages et animaux. Les conditions de sécurité sont précaires, le site a été attaqué six mois auparavant par un groupe armé.

Les salariés ont touché des indemnités de licenciement. Mais le comité n’arrive pas à mettre la main sur leurs dossiers médicaux. La direction d’Areva, à Bangui, ne répond pas, et à Bakouma, les disques durs des ordinateurs ont été reformatés. Areva nous répond aujourd'hui qu’elle avait mis en place un suivi radiologique conforme à la réglementation. Selon le groupe nucléaire, les résultats ont été transmis ensuite à l’Agence nationale de radioprotection du pays. Areva rapporte que dans un rapport de mars 2013, l’ANR (l’équivalent centrafricain de l’ASN français) "confirme que les doses reçues par le personnel sont faibles et largement en-dessous des seuils réglementaires".

Devant le comité qui visite Bakouma en décembre 2012,des salariés racontent qu'ils n'avaient pas d'équipement de protection pour manipuler des roches chargées d'uranium, et pas de dosimètre individuel. Lors des forages, il leur arrivait d’être éclaboussé par la boue. Areva assure que les employés "avaient des tenues de travail adaptées", et "bénéficiaient de sensibilisation régulières".

A Bakouma, en Centrafrique, lorsque Areva cherchait de l'uranium
A Bakouma, en Centrafrique, lorsque Areva cherchait de l'uranium © MAXPPP/PANAPRESS/Serge Dibert /

Le gisement d’uranium de Bakouma était connu des géologues français depuis les années 60. En 2007, Areva le rachète pourtant au prix fort, en même temps que des permis miniers en Namibie et en Afrique du Sud, tombés dans l’escarcelle de la petite société Uramin. Le retour du nucléaire français en Centrafrique suscite de tels espoirs que des milliers de fillettes sont baptisées Areva. 133 personnes sont recrutées pour lancer de nouveaux forages à Bakouma.

En août 2012, le gisement n’étant décidément pas digne d’être exploité, surtout après la catastrophe de Fukushima qui a entraîné la chute des cours de l’uranium, Areva se retire . Au printemps 2013, le groupe notifie au gouvernement centrafricain une "situation de force majeure", bien que la guerre civile ne soit pas la raison première de son départ.

Espoirs déçus

Lors de la visite du comité, le site est déjà abandonné. Il n’y a pas de balisage ni de panneaux aux abords de certaines zones où la radioactivité ambiante est bien supérieure à la moyenne . Des gravats et des carottes provenant des forages s’entassent par endroit à ciel ouvert. Les habitants viennent se servir en matériaux de construction. Des exemples isolés ? Areva affirme de son côté qu’à la fin 2012, 95% des travaux de réhabilitation avaient été effectués . Le reste, après concertation avec l’Agence nationale de radioprotection, a, toujours selon Areva, été confié à une entreprise locale, et achevé en juillet 2013. Il n’y a donc pour Areva "pas d’enjeu sanitaire", même si la radioactivité reste par endroit "significative" en raison de la présence (naturelle) d’uranium proche du sol.

Bakouma reste avec ses espoirs déçus d'essor économique. L'hôpital "moderne" qui aurait été promis par Areva n'est jamais sorti de terre. Seules les fondations de l'école ont été construites.

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