Alors que le Défenseur des droits réclame à nouveau l'interdiction des LBD (lanceurs de balle de défense) dans le cadre de manifestations, des représentants des forces de l'ordre se disent atterrés. Ils craignent d'être désarmés face à des situations dangereuses ou incontrôlables.

Policier équipé d'un LBD 40 lors d'une manifestation à Bordeaux en décembre 2018
Policier équipé d'un LBD 40 lors d'une manifestation à Bordeaux en décembre 2018 © AFP / Nicolas Tucat

"Il veut des morts, monsieur Toubon ?" Chez certains policiers ou gendarmes, l'intervention ce jeudi du Défenseur des droits, qui s'inquiète de la multiplication de blessures liées aux LBD pendant le mouvement des gilets jaunes, ne passe pas. "Si l'on n'a pas les LBD, dans certaines situations, il ne nous restera que nos flingues."

Une petite phrase qui rappelle par exemple ce qui s'est passé sur les Champs-Élysées, fin décembre : un motard avait fini par sortir son arme de service, avant de la rengainer. On sait aussi qu'il y a eu d'autres situations encore plus dangereuses, à deux doigts d'une ouverture du feu, à balles réelles.

Lorsqu'on interroge des représentants des forces de l'ordre, d'autres sont carrément furieux, et demandent de regarder le nombre d'agressions subies par les gendarmes ou les policiers par rapport aux bavures présumées enregistrées depuis le début du mouvement des gilets jaunes, qui font toutes l'objet d'enquêtes préliminaires.

Certaines sources estiment que le Défenseur des droits se trompe de cible. Pour elles, il y a un vrai sujet, et ce n'est pas l'arme en tant que telle, mais ceux qui les utilisent comme des armes de dispersion massive, dans des manifestations, alors que le LBD ne doit servir qu'à se dégager en cas de danger imminent ou de viser un agresseur clairement identifié.

Or ce n'est que très rarement le cas dans des manifestations. On désigne alors certains agents d'unités d'intervention qui ont habituellement la gâchette facile mais dans des situations radicalement différentes : lors de violences urbaines, lors d'embuscades, dans le cadre de guerres de territoires entre trafiquants de drogue, ou face à des délinquants dans des quartiers dits sensibles.

Un chef d'opération de maintien de l'ordre dans un département voisin de la capitale raconte ainsi comment ses troupes ont géré des manifestations lycéennes, parfois violentes, pendant 15 jours en décembre dernier (jets de bouteilles en verre, gros cailloux, poubelles incendiées etc.) et qu'en l'espace de deux semaines, il n'y a eu besoin de ne tirer "que quatre balles" de LBD. Et de s'étonner très sérieusement du nombre de tirs certains samedi dans plusieurs grandes villes : "les notes de recadrage envoyées en début de semaine par le Directeur Général de la Police Nationale et celui de la gendarmerie sur le bon usage des LBD 40  montre bien qu'il y a eu un certain nombre de dérapages".

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