Le parquet de Paris juge les charges insuffisantes et demande un non-lieu aux termes de l'enquête sur l'attentat qui a tué le président rwandais Juvénal Habyarimana en 1994 et qui a déclenché le génocide qui a coûté la vie à 800 000 personnes.

Le président Kagame ici au sommet de la Francophonie qui vient de se tenir à Erevan
Le président Kagame ici au sommet de la Francophonie qui vient de se tenir à Erevan © AFP / Ludovic MARIN

Après vingt ans d'enquête et de rebondissements, le parquet de Paris a demandé cette semaine l'abandon des poursuites contre les sept proches du président Paul Kagamé, soupçonnés d'être impliqués dans l'attentat de 1994 à Kigali.

Le 6 avril 1994, l'avion du président Juvénal Habyarimana, un Hutu, est abattu par un missile au-dessus de Kigali, déclenchant dés le lendemain, le génocide des Tutsis accusés du crime par les Hutus au pouvoir. 

S'en suivent trois mois d'horreur et un bilan terrible de 800 000 morts, avant que les rebelles tutsis, emmenés par Paul Kagamé, ne l'emportent et ne mettent en cause des responsabilités françaises. 

"Le doute doit profiter"

Dans son réquisitoire définitif  le parquet réclame un non-lieu contre les sept protagonistes mis en examen, estimant que l'enquête n'a pu réunir de "charges suffisantes" à leur encontre. 

Une accusation qui ne repose que sur des témoignages, l'absence totale d'éléments de preuves irréfutables, des incertitudes nombreuses.

C'est en ces termes que le parquet de Paris estime que les 20 ans d'enquêtes ne peuvent aboutir à un procès. 20 ans d'enquête qui, au lieu d'apporter des éclairages, ont semble-t-il conduit à se perdre en conjectures. 

Au début, tout semblait clair, l'attentat pouvait être attribué aux forces rebelles de Paul Kagame avant qu'il n'accède au pouvoir. Mais cette hypothèse de travail du juge Bruguière avait été fragilisée en 2012 par une expertise balistique commandée par le juge Trévidic qui avait repris l'instruction, expertise concluant que les tirs de missile semblaient davantage provenir du propre camp du président Habyarimana.

Depuis, les témoins cruciaux refusent de répondre aux convocations de la justice française. Et pour Maître Philippe Meilhac, l'avocat de la veuve du président Habyarimana, cette demande de non-lieu général du parquet de Paris laisse penser qu'on s'achemine vers un règlement politique de ce dossier : "Il n' y a pas d'analyse différenciée du cas des uns et des autres. On pourrait très bien considérer, et on le rencontre fréquemment, que pour tel ou telle ou telle personne y a des charges suffisantes et que peut-être pour telle autre il n'y a pas de charges suffisantes. Ce n'est pas du tout dans ce schéma de pensée et d'analyse que le ministère public se place, et moi j'y vois la concrétisation de cette arrière-pensée politique."

Pour l'instant, ce sont sept proches de Paul Kagamé, hier rebelle, aujourd'hui président, qui restent poursuivis, dont James Kaba Rébé, l'actuel ministre de la défense rwandais.

Le génocide de 1994 au Rwanda
Le génocide de 1994 au Rwanda © AFP / lain BOMMENEL, Paz PIZARRO
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