Sur des images dévoilées par le site d'information Loopsider, Michel Zecler, un producteur de musique, subit de nombreux coups de la part de policiers, sans raison apparente. Ce tabassage en règle se déroule dans le XVIIe arrondissement de Paris, alors que le producteur se trouve à l'entrée d'un studio de musique.

Capture d'écran des images et du témoignage diffusé par Loopsider
Capture d'écran des images et du témoignage diffusé par Loopsider © .

L'heure des répliques, après la vidéo choc. Trois policiers impliqués dans le tabassage d'un producteur de musique samedi à Paris, dont la vidéo a été diffusée sur les réseaux sociaux jeudi matin, ont été suspendus à la demande du ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin. Ces policiers font l'objet d'une enquête du parquet de Paris pour "violences" et "faux en écriture publique".

"Je demande au préfet de police de suspendre à titre conservatoire les policiers concernés", avait twitté le ministre de l'Intérieur. "Je souhaite que la procédure disciplinaire puisse être conduite dans les plus brefs délais". Les policiers ont été suspendus dans la foulée. Gérald Darmanin précisait par ailleurs que l'IGPN avait été saisie "dès mardi" sur ces faits de violence. 

Invité du 20H00 de France 2, le ministre de l'Intérieur a annoncé qu'il demanderait "la révocation" des policiers, "dès que les faits seront établis par la justice". Il les a accusés d'avoir "sali l'uniforme de la République".  

Dans une rare déclaration publique, le procureur de Paris Rémy Heitz a souhaité que l'IGPN, saisie du dossier, enquête "le plus rapidement possible". "C'est une affaire extrêmement importante à mes yeux et que je suis personnellement depuis samedi", a-t-il dit à l'AFP.

Plusieurs proches du président de la République ont exprimé sur Twitter leur indignation. Et ce vendredi matin l'Élysée a fait savoir que Emmanuel Macron a été "très choqué" par la vidéo. Le Président a reçu jeudi Gérald Darmanin avant qu'il se rende au 20h de France 2 et  lui a demandé de prononcer des sanctions très claires contre les policiers.

"J'ai mal à ma France"

Signe de l'émoi que cette vidéo a suscité, l'attaquant de l'équipe de France Antoine Griezmann a twitté qu'il avait "mal à sa France" suite à cette affaire.

Kylian Mbappé, l'attaquant-vedette de l'équipe de France et du Paris SG a dénoncé "une vidéo insoutenable" et "des violences inadmissibles". "Stop au racisme", a-t-il conclu.

L'international Benjamin Mendy a tweeté "Sans les vidéos il se serait passé quoi pour Michel ? On aurait préféré croire la version des policiers sous serment? #commedhab". Plusieurs autres sportifs ont réagi comme Samuel Umtiti ou l'international Espoirs Jules Koundé, coté foot ou les basketteurs Rudy Gobert ou Evan Fournier. 

De son côté, Frédéric Potier, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT a indiqué sur Twitter qu'il "souhaitait que toute la lumière soit faite rapidement sur cette affaire choquante à tous égards".

Les policiers ne savaient pas qu'ils étaient filmés

Le jeune média en ligne Loopsider a dévoilé jeudi une vidéo de 13 minutes dans laquelle on voit un homme, producteur de musique appelé "Michel" (on sait depuis qu'il s'agit de Michel Zecler) subir de nombreux coups de la part de policiers, sans aucune raison apparente. Loopsider précise que les policiers ne savaient pas qu'ils étaient filmés quand ils sont intervenus dans l'entrée du studio de musique où se déroule la scène.

Selon leur procès verbal consulté par l'AFP, les trois policiers sont intervenus samedi dernier pour tenter de l'interpeller pour défaut de port du masque. "Alors que nous tentons de l'intercepter, il nous entraîne de force dans le bâtiment", écrivent-ils.

Sur les images de vidéosurveillance de ce studio, on voit les trois fonctionnaires de police entrer dans le studio en agrippant l'homme puis le frapper à coups de poing, de pied ou de matraque.

Dans leur rapport, les policiers ont écrit que l'homme les avait frappés.

Selon ces mêmes images, Michel Zecler résiste en refusant de se laisser embarquer, puis tente de se protéger le visage et le corps. Il ne semble pas porter de coups. La scène dure cinq minutes. Dans un second temps, des personnes qui se trouvaient dans le sous-sol du studio parviennent à rejoindre l'entrée, provoquant le repli des policiers à l'extérieur et la fermeture de la porte du studio. Les policiers tentent ensuite de forcer la porte et jettent à l'intérieur du studio une grenade lacrymogène.

Suite à cette interpellation violente, l'homme a dans un premier temps été placé en garde à vue dans le cadre d'une enquête ouverte par le parquet de Paris pour "violences sur personne dépositaire de l'autorité publique" et "rébellion".  Mais le parquet de Paris a finalement classé cette enquête et ouvert mardi une nouvelle procédure pour "violences par personnes dépositaires de l'autorité publique" et "faux en écriture publique", confiée à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN).  

"Mon client a fait 48 heures de garde à vue de manière injustifiée sur des propos mensongers des services de police qui l'ont outrageusement violenté", a dénoncé son avocate, Me Hafida El Ali, jointe par l'AFP. 

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