Vincent Lambert, ancien infirmier de 42 ans, est mort ce jeudi a annoncé sa famille. Depuis 2009, il était hospitalisé à l'hôpital de Reims, en état végétatif, tétraplégique. Il a fallu plus de six ans de batailles judiciaires pour que le service de soins palliatifs puisse mettre en place un arrêt des traitements.

Le cas de Vincent Lambert est passé par de nombreuses institutions judiciaires françaises et européennes
Le cas de Vincent Lambert est passé par de nombreuses institutions judiciaires françaises et européennes © Maxppp / Remi WAFFLART/L'Union/MAXPPP

Pendant plus de dix ans, le cas de Vincent Lambert, infirmier devenu tétraplégique et dans un état végétatif à cause d'un accident de la route survenu en 2008, a divisé ses proches et la France entière sur la question de la fin de vie. Sa famille a annoncé sa mort jeudi 11 juillet à 42 ans. 

Suite à la décision de la Cour de cassation du 28 juin, le chef de service de soins palliatifs du CHU de Reims, Vincent Sanchez, avait mis en place mardi 2 juillet l'arrêt de l'hydratation et de l'alimentation par sonde de Vincent Lambert, en plus d'une sédation profonde et continue. "Vincent est décédé à 8h24 ce matin", a précisé ce jeudi son neveu François Lambert à l'AFP. Pour l'arrêt des traitements, ce dernier a tenu à exprimer "son soulagement après des années de souffrance pour tout le monde. Nous étions préparés à le laisser partir." 

Viviane et Pierre Lambert, opposés depuis des années à l'arrêt des traitements de leur fils, parlent d'un "crime d'État". "Vincent est mort, tué par raison d'État et par un médecin qui a renoncé à son serment d'Hippocrate (...) L'heure est au deuil et au recueillement.  Il est aussi à la méditation de ce crime d'État", ont déclaré dans un communiqué Jean Paillot et Jérôme Triomphe, leurs avocats.

Une famille déchirée

Entre 2008 et 2011, Vincent Lambert est transféré au CHU de Reims et, ne pouvant déglutir, il est nourri artificiellement. Trois ans après l'accident de Vincent Lambert, le médecin qui le suit, le Dr Eric Karriger, confirme l'état végétatif irréversible du patient. Son équipe et l'épouse de Vincent Lambert, Rachel, décident de lancer un protocole de fin de vie. Ce dernier consiste à arrêter d'alimenter, d'hydrater le patient et entamer une sédation profonde pour éviter toute souffrance. 

Un processus possible car d'après sa femme, Vincent Lambert lui aurait dit que, en cas de coma, il n'aurait pas souhaité vivre dans un état végétatif. Le protocole de fin de vie est activé en avril 2013. Mais les parents de Vincent Lambert s'y opposent. 

Pierre et Viviane Lambert, les parents de Vincent
Pierre et Viviane Lambert, les parents de Vincent © AFP / FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

La famille de Vincent Lambert est déchirée. Une famille catholique traditionaliste, composée de neuf enfants. Deux d'entre eux, David et Anne, sont du côté des parents de Vincent, et soutenus par diverses associations, qui considéraient le protocole de fin de vie mis en place par le CHU de Reims comme un "assassinat".

Les six autres, plus le neveu de Vincent Lambert, soutiennent le choix de Rachel, son épouse, qui dénonçaient un "acharnement thérapeutique". Elle était étudiante infirmière en psychiatrie quand elle a rencontré son futur mari et père de sa fille, Vincent. Elle soutient qu'il lui aurait clairement signifié qu'il préférait mourir plutôt que "vivre comme un légume". Mais il n'a jamais écrit de directive anticipée.

Six ans de batailles judiciaires

Mai 2013 : le tribunal de Châlons-en-Champagne ordonne le rétablissement des traitements.

Janvier 2014 : une nouvelle procédure d'arrêt des traitements est lancée. Après un passage devant le Conseil d'État et la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), le CHU de Reims est en mesure de lancer le processus. Mais nouveau rebondissement : le docteur Daniela Simon, qui dirige désormais le service de soins palliatifs suspend l'arrêt des traitements. Les conditions de sérénité et de sécurité nécessaires à l'équipe médicale ne seraient pas réunies.

Mars 2016 : Rachel Lambert est nommée tutrice légale, décision contestée par les parents mais rendue définitive par une validation en appel puis en cassation. 

Rachel Lambert, la femme de Vincent Lambert à la CEDH
Rachel Lambert, la femme de Vincent Lambert à la CEDH © AFP / PATRICK HERTZOG / AFP

Janvier 2017 : Pierre et Viviane Lambert, les parents de Vincent, demandent le transfert de leur fils dans un établissement spécialisé. La Cour de cassation rejette la demande.

Janvier 2019 : nouvelle demande d'arrêt des traitements lancée par le CHU de Reims, validée par le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, puis par le Conseil d'État et la CEDH saisis par les parents de Vincent Lambert.

20 mai 2019 : Pierre et Viviane Lambert se tournent alors vers la cour d'appel de Paris qui ordonne la reprise des traitements, stoppés le matin même par le CHU de Reims.

28 juin 2019 : la Cour de cassation casse et annule l'arrêt de la cour d'appel. L'arrêt des traitements commence le mardi 2 juillet. Les parents portent plainte contre le médecin en charge du processus et contre le CHU de Reims, pour tentative d'homicide volontaire. Mais, le 8 juillet, les parents de Vincent Lambert annoncent qu'ils se résignent à laisser mourir leur fils.

La procédure d'arrêt des traitements

La procédure d'arrêt des traitements a été engagée dans le cadre de la loi Claeys-Léonetti de 2016 puisque "l'obstination déraisonnable" avait été reconnue. Les différentes institutions judiciaires qui se sont prononcées pour l'arrêt des traitements ont estimé que Vincent Lambert était maintenu artificiellement en vie par une hydratation et une alimentation artificielle qui sont des traitements et non des soins. 

L'arrêt de l'alimentation et de l'hydratation s'est fait le mardi 2 juillet, accompagné d'une sédation profonde et continue, comme le stipule la loi. Le décès de Vincent Lambert, symbole du débat sur la fin de vie en France, est survenu neufs jours après, le jeudi 11 juillet, par défaillance des organes.

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