Les deux fonctionnaires comparaissent à partir de ce lundi 14 janvier à Paris. Ils sont accusés d’avoir violé une touriste canadienne, en avril 2014.

Au 36 Quai des Orfèvres, le siège de la police judiciaire parisienne, qui a depuis déménagé.
Au 36 Quai des Orfèvres, le siège de la police judiciaire parisienne, qui a depuis déménagé. © Maxppp / Philippe Lavieille

C’est dans un petit pub irlandais situé au bord de la Seine, juste en face du prestigieux "36 Quai des Orfèvres", le siège de la police judiciaire parisienne, qu’Emily S. fait la connaissance de policiers de la Brigade de recherche et d'intervention (BRI), le 22 avril 2014. L’heure tourne, l’alcool coule à flot, l’ambiance est au flirt. Les fonctionnaires proposent à la touriste canadienne de lui faire visiter les locaux de la mythique institution.

Vers 1h, le gardien de la paix qui filtre les entrées du deuxième étage voit donc arriver le trio. La jeune femme est alors "joyeuse", visiblement "ivre", la démarche "titubante".  Vers 2h, Emily repasse, en pleurs, sans ses collants, chaussures à la main. "They raped me ! [Ils m’ont violée ! NDLR]", crie-t-elle. Elle ne veut se confier qu’à une femme.

Que s’est-il passé, cette nuit-là, dans les bureaux de la mythique institution ?

Face aux enquêteurs, le récit d’Emily est flou, parfois parcellaire : l’effet de l’alcool, combiné à celui des antidépresseurs et du cannabis mis en lumière par les expertises ? Elle évoque dans un premier temps la présence de quatre policiers, avant de revenir sur ses déclarations et d’affirmer qu’ils étaient trois, autour d’elle. Un examen médical permet d’observer sur son corps des ecchymoses et des lésions gynécologiques.

Les deux policiers mis en cause, aujourd’hui âgés de 40 et 49 ans, ont d’abord nié en bloc. Confrontés aux analyses ADN, ils ont fini par reconnaître des rapports sexuels libres et consentis. Dans un SMS, l’un des deux accusés appelle un collègue à les rejoindre. Sur le téléphone de ce dernier, une vidéo tournée à 1h16 a été effacée, impossible de la récupérer. Une fausse manipulation, jurera-t-il. Une autre vidéo et une photo ont également été supprimées d'un autre téléphone.

Depuis le début, la défense s’attache à discréditer la plaignante, et devrait encore s’y atteler durant ces trois semaines d’audience. D’après les policiers, une fois dans les bureaux, Emily se serait mise à danser, dénudée, demandant à être prise en photo. Des experts psy ont  relevé chez elle "des traits hystériformes", une "imprécision voire parfois une inauthenticité dans son rapport à des faits biographiques". Ils ont également estimé que son récit "montrait un corps passif (…) sans réaction de non consentement".

C’est ainsi qu’en 2016, les deux juges d’instruction ont prononcé un non-lieu en faveur des policiers. Pour Sophie Obadia, avocate de la plaignante, parce qu'elle met en cause l'institution policière, la parole de sa cliente a été aussitôt suspecte. "Elle a été très très longuement interrogée, pendant la phase de l'instruction, alors que ses déclarations ne variaient pas."

Sa vie intime a été fouillée : ses amants, les relations qu'elle a pu avoir dans son pays d'origine. Je n'ai jamais vu ça dans une affaire de viol ordinaire. C'est totalement disproportionné.

Le ministère public et la jeune femme ont fait appel du non-lieu. La chambre de l’instruction a eu une toute autre lecture du dossier, puisqu’elle a décidé de renvoyer les deux fonctionnaires devant les assises, estimant qu’ils avaient "exploité l’état d’ivresse" de la plaignante. 

Les avocats des deux accusés n'ont pas souhaité s'exprimer. Le procès doit durer jusqu’au 1er février.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.