Parmi les témoignages rassemblés par le collectif "Stop violences policières", celui d'Arthur, un lycéen parisien. Le 9 avril, il a eu le nez cassé par un tir de flashball.

La charge des CRS lors d'une manifestation à Paris, le 15 septembre 2016. Le Défenseur des droits a été saisi de 104 cas de violences policières dans le cadre des manifestations contre la loi Travail.
La charge des CRS lors d'une manifestation à Paris, le 15 septembre 2016. Le Défenseur des droits a été saisi de 104 cas de violences policières dans le cadre des manifestations contre la loi Travail. © AFP / CHRISTOPHE ARCHAMBAULT

Sur le visage, il n'en garde qu'une petite cicatrice. Ce 9 avril en fin d'après-midi, Arthur, 16 ans, n'est pourtant pas beau à voir quand il arrive aux urgences. Le nez fracturé, probablement par un tir de flashball, dont il a plus ressenti le choc que la douleur:

A un moment, j'ai senti une partie de mon visage comme anesthésiée, j'étais en sang, la tête gonflée, je ne ressemblais plus à rien. J'étais pas loin des policiers, mais j'étais là en manifestant pacifiste.

Arthur, très engagé dans le mouvement lycéen contre la loi Travail, était venu manifester ce samedi avec sa mère, Frédérique, 45 ans, et sa petite soeur de 15 ans. Il assure qu'il n'a pas pris part aux affrontements survenus en fin de défilé. Sa mère se dit très choquée par le comportement des policiers:

C'était une des premières manifs nationales auxquelles j'ai participé avec mes deux enfants, et j'ai constaté que tout le long du cortège c'était hyper tendu, avec des provocations des forces de l'ordre qui ont fini par donner lieu à un affrontement en règle à l'arrivée place de la Nation, où on s'est retrouvés un peu bloqués, avec des gaz lacrymo dans tous les sens.

Arthur n'a pas voulu saisir la justice. Porter plainte contre la police, à quoi bon se dit-il. Mais quand le collectif Stop violences policières a lancé un appel à témoignage pour saisir le Défenseur des droits, il n'a pas hésité:

Participer à une plainte collective auprès du Défenseur des droits, ça permet plus de montrer aux gens les agissements des forces de l'ordre, et ce qui se passe vraiment dans les manifestations.

Une démarche que Frédérique, sa mère, prend aussi très à cœur:

J'ai eu le sentiment qu'il y a eu un usage complètement disproportionné de la force de la part des forces de l'ordre, et j'ai été très choquée. Vu mon âge j'ai déjà vu des manifs avant, j'ai participé à quelques unes, et l'ambiance bon enfant des manifs a complètement disparu. Pour moi des gamins qui se font taper dessus à 15 ans alors qu'ils font leurs premières manifs je trouve pas ça normal et on les conduit à se révolter et à pas respecter les forces de l'ordre et la justice française et je trouve cela grave.

Le collectif a transmis le 19 juillet au Défenseur des droits 104 témoignages, une quarantaine anonymes et 68 manifestants de manière nominative. La plupart sont parisiens, certains viennent de Rennes, Nantes, Lille ou Marseille. Un cameraman de 57 ans a eu le tibia fracturé par un tir de grenade lacrymogène, une militante de 40 ans a récolté un coup de matraque et quatre points de suture, une autre proteste contre le fait d'avoir été retenue pendant trois heures place de la Concorde par le cordon de CRS, avant d'être copieusement aspergée de gaz lacrymogène... Tous racontent à leur manière ces quatre mois de contestation sous haute tension, au cour desquels plus de 550 policiers et gendarmes ont aussi été blessés. Le ministre de l'intérieur Bernard Cazeneuve assurait pour sa part le 19 juin dans un communiqué:

Des consignes claires et constantes sont données aux forces de l'ordre par le ministre de l'Intérieur et relayées par les préfets: usage proportionné de la force publique pour assurer la sécurité des manifestants et des riverains et faire respecter le droit de manifester, et fermeté absolue à l'égard des casseurs.

Le dossier est à l'étude chez le Défenseur des droits, Jacques Toubon, qui est compétent pour les questions de déontologie des forces de sécurité. Une autorité que ces manifestants ont choisi pour son indépendance et pour engager une nouvelle réflexion sur le maintien de l'ordre comme l'explique Ainoha Pascual, l'une des avocates du collectif:

Certaines personnes qui nous ont contacté avaient des appréhensions vis-à-vis de l'IGPN, la police des polices, qui a parfois refusé de prendre leur plainte. Devant le défenseur des droits, elles peuvent témoigner de manière anonyme pour celles qui le souhaitent, et elles ont l'assurance d'une autorité indépendante. L'intérêt c'est aussi que le Défenseur des droits peut proposer l'interdiction d'une arme ou réfléchir à un autre mode de maintien de l'ordre.

Quelques semaines après son nez cassé, Arthur a été interpellé place de la République en marge d'un rassemblement de Nuit Debout et placé en garde à vue, accusé d'avoir jeté des bouteilles sur des policiers, ce qu'il conteste ("je ne bois pas et le signalement fait par le policier ne me correspond pas"). Il attend la décision du juge des enfants. Il a repris les cours en terminale ES, veut préparer l'examen d'entrée à Sciences Po, et retournera manifester demain contre la loi Travail.

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