Ce n’est pas tout à fait par hasard que Luc Fournie est renvoyé devant une cour d’assises. Le cafetier de Lavaur n’est pas uniquement un honnête homme qui s’est défendu comme il a pu face à des cambrioleurs dont il ne connaissait ni le nombre, ni la dangerosité réelle. Il n’est pas uniquement le commerçant qui sauve son outil de travail et sa famille en tirant dans le noir sur des silhouettes qu’il distingue à peine. Luc Fournie n’est pas l’homme qui réagit comme il peut, dans la précipitation, sans avoir le temps de réfléchir. Il est aussi celui qui a minutieusement préparé cette scène dont il connaît l’issue potentielle, qui ne dit jamais qu’il regrette les conséquences de son geste sans ajouter que si la situation se représentait, il recommencerait.

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Je ne pouvais pas faire autrement

La notion juridique de la légitime défense s’accompagne toujours aux assises, devant un jury de citoyens, du principe du je-ne-pouvais-pas-faire-autrement . C’est le bijoutier qui tire sur des cambrioleurs armés, le policier qui abat un chauffard qui fonçait sur lui, la femme battue qui tue son mari violent. Et ici, ce principe qui n’apparaît pas. Le cafetier de Lavaur, s’il ne connaissait pas la dangerosité de ses agresseurs, ne pouvait pas envisager qu’ils seraient puissamment armés ni qu’ils s’en prendraient à autre chose qu’à ses cigarettes ou son tiroir-caisse. D’ailleurs, c’est lui qui va à leur contact, et qui provoque donc une situation de danger à laquelle les jeunes cambrioleurs ne l’avaient pas exposé.

On touche pas à la famille

Comme l’a résumé un gendarme, il aurait suffi qu’il allume la lumière pour les faire fuir. Il aurait également pu ne pas réagir lui-même, contacter discrètement la gendarmerie et se laisser cambrioler en attendant le flagrant délit. Au lieu de cela, Luc Fournie et sa très influente sœur Isabelle ont préféré créer l’escalade potentiellement mortelle à laquelle il doit répondre aujourd’hui devant une cour d’assises. Il s’est armé, il a monté la garde, il a tendu un piège sonore destiné à l’alerter d’une intrusion et enfin, et surtout, il a foncé sur eux, le fusil à l’horizontale, en lâchant un hargneux « bande de petits salopards, salauds, fumiers », il a tiré sur la première silhouette qu’il distinguait à un mètre de lui, puis est parti chasser l’autre, pour reprendre la terminologie employée hier à l’audience par Isabelle. Il dira également aux pompiers, les premiers arrivés sur les lieux du drame, qu’il a tiré sur le premier homme et qu’il a raté l’autre. Finalement, à une question de leur avocat sur les valeurs profondes qui les ont motivé d’agir ainsi, Isabelle Fournie expliquera simplement : « La famille. On touche pas à la famille. C’est tout. »

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