Corinne Herrmann, l’avocate de Jacky Kulik, le père d’Élodie Kulik, violée et tuée en 2002, a livré une plaidoirie en forme de coup de poing contre Willy Bardon. Hier, devant la cour d'assises de la Somme, l’accusé avait de nouveau clamé son innocence.

Les très nombreux dossiers du procès Kulik, photographiés dans la salle d'audience de la cour d'assises de la Somme, le 29 novembre 2019.
Les très nombreux dossiers du procès Kulik, photographiés dans la salle d'audience de la cour d'assises de la Somme, le 29 novembre 2019. © Maxppp / PhotoPQR / Dominique Touchart

C’est une plaidoirie qui vient des tripes. Corinne Herrmann, longs cheveux roux flottant sur sa robe noire d’avocate, commence par rappeler, crûment, l’horreur du crime. "Élodie est morte figée dans son viol. On l’a retrouvée dans cette position. Un viol d’une barbarie inouïe. Son sexe était déchiré. Elle avait des hématomes. Vous l’avez vu, ce corps offert, exposé, déchiré. C’est insoutenable."

La salle retient son souffle. Elle continue : "Son visage était brûlé, noirci. Elle qui était si belle. Elle n’avait plus de cheveux. Finie, Boucles d’or." On l’a retrouvée, rappelle l’avocate, "à côté d’un tas de fumier. Ça a du sens."  

Pendant le procès, Willy Bardon a d'ailleurs utilisé l’expression "une poule sur un tas de fumier " : lui et ses amis l'employaient, pour désigner les femmes qu’on a envie de prendre, n’importe où, n’importe comment. 

“La pire scène de crime que j'ai jamais vue”

"Rien n’est dit au hasard par Willy Bardon". Corinne Herrmann se tourne pour le fixer du regard, il est assis à côté de ses avocats. "J'ai passé l'audience à vous regarder. Vous n'avez pas baissé les yeux devant la scène de crime, qui est la pire que j'ai jamais vue. Et j'en ai vu, des crimes, depuis 20 ans."

"Cette scène, elle est signée par l'ADN de Grégory Wiart", rappelle l'avocate. Son ADN a été identifié en 2012, il est mort en 2003. "Et elle est aussi signée par Willy Bardon. Elle est signée par sa voix. Par sa vision des femmes. Par sa recherche de certaines relations sexuelles". Ses proches ont reconnu sa voix sur l’enregistrement de l’appel au secours d’Élodie Kulik, cette nuit-là. 

"Nous aussi, nous reconnaissons cette voix, à force de l'entendre."  La cour, les jurés, les parties ont entendu plus de 20 fois cette bande son de 26 secondes, tout au long du procès. Corinne Herrmann s’attaque ensuite à la personnalité de Willy Bardon.

“J'ai ressenti la peur de ces femmes”

"Il nous dit qu'il est l’homme qui aimait les femmes." Elle le regarde. "Vous êtes une injure aux femmes."  Il fait non de la tête. "Vous n'aimez pas les femmes, vous aimez le sexe, et la jouissance qu'elles peuvent vous apporter. Vous cherchez le sexe jusqu'à l'ultime."

La voix de l’avocate frissonne. "Je suis dans l'émotion et la colère. J'ai ressenti la peur de ces femmes, Élodie D, Julie..."  Des femmes venues raconter les tentatives de Willy Bardon avec elles. "Cette peur des femmes, elle me parle. De la naissance à la mort, en tant que femme, on vit ça toute notre vie, toute notre vie on fait attention. On a toute une histoire. De quelqu'un qui a essayé de me toucher. De m'embrasser. On l'a toutes vécu. Et lui, lui il l'a fait à toutes.

Willy Bardon est tout rouge. "J'ai passé mon temps à vous regarder" lui répète-t-elle. "Quand Katy vient à la barre (c’était la femme de Grégory Wiart, NDLR), vous la regardez de la tête aux pieds et votre regard s'arrête sur ses fesses."  En audition, rappelle-t-elle, Willy Bardon avait dit n’avoir jamais remarqué que Katy était "bonne". L’avocate se met à crier. "Et Élodie? Elle était bonne, Élodie?" Le procédé est terrible, l’accusé ne peut pas répondre. La salle est figée.

"Les cris d'Élodie resteront longtemps dans nos vies. Elle nous appelle au secours" 

Me Herrmann termine, avant de s’adresser aux jurés : "Vous pouvez répondre à cet appel au secours. Vous lui retirerez le permis de tuer, de violer, de brûler une femme. Qu'on n'entende plus jamais ces cris."

Une dernière fois, elle se tourne vers l’accusé : "Monsieur Bardon, ne dépensez pas d'argent pour une enquête. Vous avez déjà la réponse."

Un accusé assommé 

Willy Bardon est sonné. Hier, devant la cour d’assises, il avait en effet fait la promesse, s’il était acquitté, d’aider à trouver la vérité sur la mort d’Élodie. "Même si Monsieur Kulik ne veut pas de moi. Sinon, y aura toujours un doute sur moi" avait-il dit.

Auparavant, il avait durant deux heures réaffirmé son innocence, les mains fermement agrippées à la barre : "Je n’y étais pas. Je maintiens que je suis étranger à ces faits-là", avait-il dit d’une voix maîtrisée.

Inébranlable, même face à Didier Seban, avocat de Jacky Kulik, qui insistait, encore et encore, sur les propos de Willy Bardon en garde à vue, après avoir écouté l’appel passé par Élodie Kulik aux pompiers : "Vous dites 'y a ma voix dedans, mais j’ai aucun souvenir.' Vous l’avez signé ! votre avocat aussi !" 

"Ça n’a jamais été ma voix", a répondu l’accusé. "Je l’ai dit sous la pression de la garde à vue. On vous dit tellement de choses sur vous… à un moment, on commence à douter de soi." Non, ce n’étaient pas des aveux en creux : il aurait, dit-il, signé n’importe quoi. Aujourd’hui, il ne reconnaît plus sa voix, ni celle de personne d’autre, d’ailleurs. 

Ce vendredi, devant la cour d’assises de la Somme, place aux réquisitions, à la défense, puis au délibéré. Willy Bardon encourt la réclusion criminelle a perpétuité. 

À lire aussi

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.