Alors que l'on avait (enfin) l'impression d'assister à un procès au sens judiciaire du terme, ce vendredi, au palais de justice de Bobigny, Jean-Luc Mélenchon n'a pas résisté à l'appel de la tribune qui lui a été offerte dans les dernières minutes pour replacer le politique au centre de la salle d'audience.

Jean-Luc Mélenchon arrive au palais de justice de Bobigny, accompagné de nombreux soutiens
Jean-Luc Mélenchon arrive au palais de justice de Bobigny, accompagné de nombreux soutiens © AFP / Martin BUREAU

Une salle, deux ambiances. Pendant toute cette journée de vendredi, la salle d'audience du palais de justice de Bobigny (Seine-Saint-Denis), dans laquelle comparaissaient Jean-Luc Mélenchon et cinq de ses proches pour la perquisition mouvementée d'octobre 2018, a accueilli un procès tel que l'on l'attend lorsque l'on franchit les portes d'un tribunal : point de vue des uns et des autres, arguments juridiques, auditions dans un ordre établi et respecté. La justice, en somme, loin de l'ambiance de la veille, où la journée a été marquée par des joutes oratoires, des accusations de manœuvre politique, et, surtout, un sentiment de ne pas trop comprendre à quoi étaient sensés mener tous ces échanges.

Le prévenu a vite laissé place au tribun

Il a, cependant, suffi de quelques minutes en fin d'audience pour que l'animal politique qui sommeillait en Jean-Luc Mélenchon se rappelle aux bons souvenirs de l'assistance. Invité à prendre une dernière fois la parole avant la mise en délibéré, le leader de la France insoumise donne alors l'impression d'avoir attendu ce moment depuis le début du procès, retrouvant le ton et la gestuelle de tribun qui caractérisent ses prises de parole face à son électorat. Son entrée en matière laisse présager de la suite : "Je viens de vivre deux jours qui, ici, m'ont appris beaucoup et m'ont donné un privilège que je n'ai pas ailleurs, celui de pouvoir être entendu et débattre contradictoirement". Visiblement, Jean-Luc Mélenchon veut surtout être entendu.

"Pendant 48h, j'ai été cloué au pilori médiatique", continue le député, qui souligne que la demande de renvoi déposée en début d'audience par le ministère public, si elle avait été acceptée, aurait reporté le procès à la campagne pour les municipales. Première pique envers le parquet. La suivante ne se fait pas attendre, lorsqu'il évoque les images de la perquisition diffusées jeudi en début d'audience, celles qu'il juge à décharge n'ayant pas eu le son : "Heureusement, le tribunal rétablit les faits et retrouve le son que le parquet aurait bien gardé pour lui", lance l'élu des Bouches-du-Rhône.

"Arrêtez cet engrenage"

Le parquet, que Jean-Luc Mélenchon soupçonne d'être manipulé par le pouvoir, continue de subir les foudres de l'Insoumis, qui s'emporte : "Si je suis le chef d'une horde, un monstre, demandez-mon inéligibilité !" lance-t-il au procureur. Puis, désignant le président du tribunal qui aura à décider de la peine à son encontre : "Pourquoi lui refiler la patate chaude ?". "Vous me persécutez depuis des mois, pour que ça dure, et ça dure, et ça dure", poursuit le député, sous-entendant que le parquet cherche à l'entraver pour la campagne de l'élection présidentielle de 2022. A ses côtés, son avocat se tient droit, les bras croisés. Difficile de savoir s'il a anticipé cette prise de parole avec son client, lui qui a essayé pendant sa plaidoirie de ménager arguments politiques et juridiques.

En orateur expérimenté, Jean-Luc Mélenchon, que l'on avait vu plutôt calme et la voix posée jusque-là, semble vouloir saisir la dernière occasion d'invoquer un procès politique dans cette salle d'audience, et conclut "Relaxez-moi ! Pas pour moi, mais pour le service que l'on va rendre au pays en le faisant". Il appelle le tribunal à "arrêter cet engrenage". Applaudissements dans la salle, le président ramène le calme et est obligé de rappeler que l'on est dans un palais de justice. 

Il saura le 9 décembre s'il est condamné, et à quelle peine éventuelle. Le parti a requis a son encontre trois mois de prison avec sursis et 8.000 euros d'amende, ainsi que des amendes allant de 2.000 à 10.000 euros pour les cinq autres prévenus. Analyse de l'Insoumis Mélenchon : "44.000 euros pour avoir crié un peu fort sur notre palier ! Ça fait cher du décibel."

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