L'agence européenne de lutte contre la criminalité Europol lance, ce vendredi, une nouvelle campagne pour inciter les internautes à découvrir les visages des personnes les plus recherchées d'Europe. Les enquêteurs de chacun des 22 États membres, ont été invités à présenter un criminel recherché dans leur pays.

Image de la fiche Europol de Jessica Edosomwan, recherchée par la France pour sa participation présumée à un réseau de proxénétisme
Image de la fiche Europol de Jessica Edosomwan, recherchée par la France pour sa participation présumée à un réseau de proxénétisme © Europol

C'est la version 2.0 de l'affiche "wanted" collée sur les murs des saloons : la nouvelle campagne Europol joue de la curiosité des internautes, espérant ainsi attirer leur regard sur les plus grands criminels européens, afin d'aider l'organisation dans sa traque des fugitifs. L'agence européenne de lutte contre la criminalité a demandé aux enquêteurs de chacun des 22 pays membres de choisir un fugitif ou une fugitive dont la photo est diffusée depuis ce jeudi matin sur sa page dédiée. Les visages des criminels apparaissent masqués, dans un premier temps, avant de se dévoiler au fil de la lecture de leur parcours par les internautes, laissant deviner le sexe du fugitif, le thème de cette campagne étant "le crime n'a pas de sexe" ("Crime has no gender", en anglais).

Les enquêteurs français ont choisi de mettre en avant Jessica Edosomwan, Nigériane de 26 ans soupçonnée d'être membre d'un réseau de proxénétisme sévissant dans la moitié sud de la France, et décrit par les enquêteurs comme "tentaculaire". Elle est recherchée depuis qu'elle a échappé à une interpellation en 2018. "Il était important pour nous, au regard de la gravité des faits, d'aller jusqu'au bout des choses et de se donner le maximum de moyens possibles pour pouvoir interpeller cette personne", explique Jacques Croly-Labourdette, chef de la Brigade nationale de recherche des fugitifs. 

Racket, rites vaudous et représailles

Le réseau auquel est soupçonnée d'appartenir la jeune femme faisait miroiter à des compatriotes nigérianes un avenir meilleur en France, leur payait le voyage vers l'Europe, avant de les contraindre à se prostituer. "On leur annonçait qu'elles étaient désormais redevables de sommes absolument astronomiques, eu égard aux frais engagés pour leur arrivée en Europe – on parle de 50.000 à 60.000 euros. On leur expliquait également qu'elles faisaient l'objet de rites vaudous qui étaient extrêmement préjudiciables pour elles, puisque c'était des choses extrêmement ancrées dans la culture nigérianes et extrêmement craintes par ces prostituées. Et puis il faut savoir qu'elles avaient également leurs familles qui étaient restées au Nigéria qui faisaient l'objet de pressions, voire de représailles si jamais ces prostituées refusaient de se soumettre au réseau", détaille Jacques Croly Labourdette.

L'enquêteur décrit Jessica Edosomwan comme ayant été "l'un des bras-droit du proxénète en chef" : "Elle avait un triple rôle. D'abord un rôle de proxénète classique, où elle exploitait quatre à cinq prostituées sur la région lyonnaise, qu'elle contraignait à vendre leur corps. Elle avait également un rôle dans les transferts des fonds (…). Elle récoltait l'intégralité des sommes récoltées par ces prostituées et, ensuite, les faisait transiter par un système de financement occulte jusqu'au Nigeria. Enfin, elle avait un rôle de 'proxénète hôtelier', c’est-à-dire qu'elle fournissait aux prostituées les camionnettes utilisées pour exercer sur la région lyonnaise, contre des tarifs exorbitants qui relevaient plus de l'extorsion qu'autre chose."

21 fugitifs arrêtés grâce au grand public

Le réseau a été démantelé en 2017 et 2018 par l'Office centrale de lutte de répression de la traite des êtres humains, conduisant à l'interpellation de vingt-six personnes, soupçonnées d'exploiter une soixantaine de prostituées. Une seule suspecte manque à l'appel : Jessica Edosomwan. Les enquêteurs espère que la publicité donnée à son visage permettra de raviver les souvenirs de ceux qui auraient pu la croiser. L'espoir leur est permis : depuis le lancement de ces campagnes par Europol, il y a trois ans, 21 fugitifs ont été interpellés grâce aux renseignements apportés par le grand public. L'agence avait notamment déjà proposé un calendrier de l'avent ("offrant" un criminel à découvrir par jour), ou une version "album Panini" des fugitifs les plus recherchés.

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