Un homme arrêté ce vendredi à l'aéroport de Glasgow, en Écosse, a dans un premier temps été présenté comme le père de famille soupçonné d'avoir tué sa femme et ses quatre enfants à Nantes en 2011. Avant qu'un test ADN ne vienne démontrer le contraire. Récit.

Images de vidéosurveillance montrant Xavier Dupont de Ligonnès retirer de l'argent à un distributeur de Roquebrune-sur-Argens (Var) le 14 avril 2011.
Images de vidéosurveillance montrant Xavier Dupont de Ligonnès retirer de l'argent à un distributeur de Roquebrune-sur-Argens (Var) le 14 avril 2011. © AFP / Thomas Coex

L'effervescence est brutalement retombée, ce samedi midi. Les tests ADN se sont avérés négatifs, selon une source proche de l'enquête. L'homme arrêté hier à l'aéroport de Glasgow, en Écosse, n'est donc pas Xavier Dupont de Ligonnès, ce père de famille soupçonné d'avoir tué sa femme et ses quatre enfants à Nantes, et aperçu pour la dernière fois en avril 2011 dans le Var.  

Des premiers doutes à l'annonce des résultats ADN, chronologie d'un emballement policier et médiatique.

Annonce fracassante

Vendredi, 20h44 : Coup de tonnerre. "Xavier Dupont de Ligonnès a été arrêté", peuvent lire sur l'écran de leur smartphone ceux qui se sont abonnés aux alertes du Parisien. Dans l'article, le journal ne cite pas clairement ses sources, se contentant de la formule "selon les informations du Parisien". Dans les rédactions, c'est l'effervescence.

21h04 : L'Agence France Presse (AFP) diffuse à son tour l'information : "Xavier Dupont de Ligonnès arrêté à l'aéroport de Glasgow (source proche enquête)" : tel est le message adressé à ses abonnés. Une seconde dépêche, publiée 5 minutes plus tard, apporte de minces précisions : un homme a été repéré par les policiers à l'aéroport parisien de Roissy-Charles-de-Gaulle. À son arrivée à l'aéroport de Glasgow, ses empreintes ont été relevées et, selon la police anglaise, elles correspondent à celle du père de famille, en cavale depuis 2011.

21h30 : "Les enquêteurs français en route pour Glasgow", fait savoir l'AFP. Les journalistes se préparent à partir en Écosse. Après 8 années de fantasmes et de spéculations, le mystère de la disparition de Xavier Dupont de Ligonnès semble sur le point d'être levé.

22h35 : Une perquisition est en cours à Limay, dans les Yvelines, au domicile de Guy Joao, l'homme dont le nom figure sur le passeport retrouvé.

Le temps du doute

Samedi, 0h26 : Le procureur de la République de Nantes appelle à la prudence. Auprès de l'AFP, Pierre Sennès évoque, non plus des empreintes qui correspondent, mais une "suspicion d'empreintes", et demande d'attendre que les enquêteurs français aient procédé aux vérifications afin de confirmer que l'homme placé en garde à vue est bien Xavier Dupont de Ligonnès.

4h45 : À Limay, dans les Yvelines, les journalistes interrogent les voisins. Au micro de Gaële Joly, reporter à franceinfo, l'un d'entre eux s'étrangle : 

C'est une monumentale connerie, les Écossais se sont plantés royalement. 

Jacques affirme connaître Guy Joao depuis 30 ans. Il a été à son mariage en Écosse. "Quand on a acheté la maison, il travaillait de nuit chez Renault", insiste-t-il. Sa femme renchérit : 

Il ne pouvait pas être à Nantes, pour nous il a toujours habité là. 

À l'écoute de ce troublant témoignage, dans les rédactions, on s'interroge.

8h : "Hier un homme dont les empreintes correspondent a été arrêté à l'aéroport de Glasgow. C'est en tous cas l'information qui a été communiquée aux autorités françaises", peut-on entendre dans les titres du journal de 8 heures de France Inter. 

8h45 : Au téléphone, le procureur de Nantes réitère son appel à la prudence. Plusieurs sources policières jointes par les différentes rédactions font de même. Dans l'avion qui les emmène en Écosse, les journalistes français se posent sérieusement des questions. 

10h50 : Une dépêche "urgente" et lapidaire tombe à l'AFP. "Dupont de Ligonnès : doute sur l'identité de l'homme arrêté à Glasgow (source proche enquête)". Les empreintes, finalement, ne correspondent que partiellement : en France, pour qu'il soit établi que deux empreintes digitales appartiennent à une seule et même personne, elles doivent présenter 12 points de concordance. En l'espèce, il n'y en avait que 5. 

11h10 : Le parquet de Nantes fait savoir que des vérifications sont en cours. 

12h30 : D'après des sources policières, les empreintes digitales relevées dans la maison de Limay ne correspondent pas à celles de Xavier Dupont de Ligonnès. Quant à l'homme placé en garde à vue, il nie être Xavier Dupont de Ligonnès.

12h55 : L'homme arrêté à Glasgow n'est pas Xavier Dupont de Ligonnès, révèlent de nouveau des sources proches de l'enquête. Le test ADN s'est avéré négatif. Fin du suspense, et d'un emballement qui aura duré près de 16 heures. 

Explications et mea culpa

16h30 : Dans un article intitulé "Affaire Dupont de Ligonnès : cinq sources pour une fausse piste", le Parisien revient sur le déroulement de cette "incroyable méprise". Tout est parti d'un "tuyau" transmis dans un premier temps à la police écossaise, explique le quotidien. L'article évoque aussi le ton catégorique de sources françaises haut placées, qui ont déclaré aux journalistes : "Les Écossais nous ont dit et répété : c'est votre homme".

Dans une série de tweets, Vincent Giret, directeur de la radio franceinfo, a souligné les précautions prises par la rédaction, "mais force est de constater que l’arrestation de Xavier Dupont De Ligonnès était erronée. (...) Nous le regrettons vivement et serons à l’avenir encore plus vigilants afin de préserver la qualité de l’information sur nos différents supports et la confiance de nos auditeurs et internautes", écrit-il.

Sur son site, BFM TV a également consacré un article aux "coulisses d'une fausse piste".

18h18 : Un communiqué de la police écossaise annonce que la garde à vue de Guy Joao a été levée. 

Aller plus loin :

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.