Des plaintes continuent d'être déposées aux États-Unis contre le milliardaire américain Jeffrey Epstein, mort en prison en août dernier. Mais également en France où il avait de nombreuses connections.

Dossier vieux de 14 ans, le mystère Jeffrey Epstein s'éclaircit très lentement
Dossier vieux de 14 ans, le mystère Jeffrey Epstein s'éclaircit très lentement © AFP / Façade appartement de J.E.à NYC/ Kevin Hagen

Jeffrey Epstein est mort en prison le 10 août, après avoir été arrêté le 7 juillet à New York à la descente de son avion privé en provenance de Paris.

Depuis sa mort, le dossier pénal contre lui aux États-Unis est clos mais des victimes continuent de se faire entendre. Une nouvelle plainte civile, visant une indemnisation financière pour le préjudice subi vient d'être déposée à New York par une femme affirmant avoir  subi à de nombreuses reprises des agressions sexuelles lorsqu'elle était mineure. 

Epstein avait été reconnu coupable, en 2007 en Floride, d'avoir forcé deux jeunes femmes à se prostituer. Il avait écopé de 13 mois de prison ferme, aménagés à son avantage. Il pouvait en effet se rendre à son bureau six jours sur sept et devait simplement dormir en prison le soir. Cette condamnation, bien en-dessous des charges qui pesaient contre lui à l'époque, a été remise en question en 2019, ce qui a conduit à son arrestation le 7 juillet dernier.

Où en est l'enquête française ? 

Les enquêteurs français de l'Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP) s'intéressent surtout à Jean-Luc Brunel, un Français âgé aujourd'hui de 74 ans. Il est cité à de nombreuses reprises dans le dossier américain par des victimes présumées. Proche du milliardaire, il dirigeait deux agences de mannequins : Karin models (Paris) et MC² model management créée en 2004 à New York, Miami et Tel Aviv. Il est soupçonné d'avoir participé activement à l'organisation d'Epstein pour abuser de mineures.

L'une des principales plaignantes dans le dossier Epstein, Virginia Roberts-Giuffre, affirme avoir été forcée à avoir des rapports sexuels avec Brunel à plusieurs reprises. Dans la première procédure aux États-Unis close en 2007, deux femmes l'accusaient de jouer le rôle de rabatteur pour Jeffrey Epstein, amenant aux États-Unis des jeunes filles venues de milieux modestes, en leur faisant miroiter des contrats dans le mannequinat. Selon Virginia Giuffre, Brunel aurait même "offert" trois mineures à Epstein pour son anniversaire. 

Trois victimes témoignent en France

Trois femmes se sont manifestées auprès de la justice française ces dernières semaines après avoir vu l'ampleur que prenait l'affaire suit à l'arrestation puis la mort en prison de Jeffrey Epstein à New York. Elles ont été auditionnées par les enquêteurs les 27 août, 3 et 9 septembre selon le parquet. Alerté sur de potentielles victimes françaises, le parquet avait ouvert en août une enquête pour "viols" et "agressions sexuelles", notamment sur mineures.

Dans un courrier adressé au procureur de la République de Paris Rémy Heitz ,  l'une d'elles, entendue lundi par les enquêteurs, affirme avoir été droguée et violée par Jean-Luc Brunel dans un appartement parisien au début des années 1990 alors qu'elle était tout juste majeure. Selon le récit de cette Néerlandaise de 46 ans, plusieurs mannequins vivaient dans ce logement situé avenue Hoche, près des Champs-Élysées, et des réceptions y étaient organisées "quotidiennement" avec "de riches hommes d'affaires qui étaient accompagnés de très jeunes filles".

La police lance un appel à témoins  

Un appel à témoins a été lancé le 11 septembre dans le cadre des investigations françaises. Cet appel est intervenu après que les trois femmes accusant Jean-Luc Brunel ont été entendues par les enquêteurs parisiens.

Jean-Luc Brunel serait au Brésil

Selon le Parisien, Jean-Luc Brunel serait parti au Brésil après avoir participé à la soirée blanche du Paris country club le 5 juillet dernier, comme en atteste cette photo postée sur Facebook par un membre du Country club :

Jean-Luc Brunel à la soirée du country Club à Paris le 5 juillet 2019
Jean-Luc Brunel à la soirée du country Club à Paris le 5 juillet 2019 / Capture d'écran

Déjà en mai dernier, il se trouvait au Brésil avec l'un de ses amis, un agent de mannequins brésilien.

Une association demande une enquête approfondie en France

Dans le volet français de l'affaire Epstein, l'association de victimes Femmes libres a écrit au procureur de Paris afin de demander l'ouverture d'un réquisitoire supplétif notamment pour "traite des êtres humains", "proxénétisme" et "organisation de l'insolvabilité".

Grâce à ce courrier, l'association espère "relancer le procureur de la République", et ce "devant l'absence d'avancée de l'enquête préliminaire ouverte le 23 août dernier" en France.

Selon l'association Femmes libres :

"Le parquet a mis du temps à réagir et nous estimons que cette réaction n'est pas à la hauteur de la gravité des faits."

Femmes libres estime qu'il est temps "de dépasser le stade de l'enquête préliminaire" ouverte par le parquet afin d'ouvrir une instruction criminelle : 

"En effet, un juge d'instruction dispose de moyens d'enquête plus étendus qu’un procureur."

L'appartement parisien toujours accessible

Selon nos informations, l'appartement que possédait Jeffrey Epstein à Paris dans le 16ème arrondissement n'a pas été perquisitionné à ce jour par les enquêteurs, et aucun scellé n'a été posé. Pour Franceinfo, Théo Hetsch et Olivier Liffran avaient rencontré le 30 août  l'ex-majordome du milliardaire américain, qui se rendait dans l'appartement avenue Foch. Il affirmait alors qu'il travaillait toujours pour Jeffrey Epstein, plus précisément qu'il était employé du trust gérant les biens d'Epstein depuis sa mort.  Pour l'instant, le nom du ou des bénéficiaires de ce trust n'ont pas été rendus publics.

Par ailleurs, l'association Femmes libres jugeait dans son courrier "indispensable de procéder à une saisie conservatoire des parts" de la société civile immobilière qui détient l'immeuble de l'avenue Foch depuis la mort de Jeffrey Epstein et la découverte de son testament. En effet, en l'état, le fait que la SCI détienne cet immeuble d'une valeur de 7 à 9 millions d'euros "prive les victimes de toute possibilité d'être indemnisées", précise l'association. Selon celle-ci, le parquet de Paris doit ouvrir un réquisitoire supplétif pour organisation de l’insolvabilité et la justice doit "rechercher les complices toujours vivants et les bénéficiaires réels des transferts d’actifs opérés par le testament"

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