Pendant deux ans, à la demande du gouvernement, l'Anses a examiné les alternatives non chimiques à l'usage du glyphosate pour les vignes, vergers, champs et forêts. Quand il y en a une, elle interdit son utilisation. Mais l'agence reconnait qu'il y a beaucoup d'impasses où "le glyphosate n'est pas substituable".

Emmanuel Macron a promis une trajectoire vers une sortie totale du glyphosate pour 2023.
Emmanuel Macron a promis une trajectoire vers une sortie totale du glyphosate pour 2023. © AFP / JEAN-PIERRE MULLER

Il y aura, dans les six mois, de nouvelles consignes d'utilisation sur les bidons de glyphosate. Principe retenu par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) : "L'usage de la substance est dorénavant restreint aux situations où le glyphosate n'est pas substituable à court terme.

► DOCUMENT - Les résultats de l'évaluation sur le site de l'Anses

Ainsi en viticulture, il sera interdit d'employer ce désherbant entre les rangs (sauf exceptions) car il existe des alternatives convaincantes comme le désherbage mécanique ou le maintien de l'herbe. En revanche, le glyphosate reste autorisé au pied de la vigne. De même dans les vergers : interdiction d'asperger du glyphosate entre les rangées d'arbres, car dans ces corridors on peut passer des outils de désherbage facilement, mais son utilisation reste autorisée au pied des pommiers, poiriers et autre noisetiers.  

Quant aux grandes cultures (blé, maïs, soja, féverole, colza, etc.) qui consomment énormément de glyphosate compte tenu de la surface des champs, le glyphosate n'est interdit que s'il vient en complément du labour des parcelles. L'agriculteur ne pourra pas à la fois retourner la terre pour enlever les mauvais herbes et repasser en plus, du glyphosate pour ainsi dire finir de "nettoyer" sa parcelle. Ce sera soit l'un, soit l'autre. 

Si le glyphosate reste autorisé pour les autres usages en grandes cultures, l'Anses fixe néanmoins de nouvelles restrictions de la dose annuelle maximale autorisée par an et par hectare. Dans ses conclusions, elle évalue cette diminution à "60 % par rapport à la dose maximale actuellement autorisée". 

Situations d'impasse technique 

Ces deux dernières années, à la demande du gouvernement dans le cadre du Plan de sortie du glyphosate, l'Anses a évalué les alternatives possibles au glyphosate, culture par culture. Elle s'est notamment appuyée sur trois rapports de l'Inrae, l'Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement consacrés aux alternatives au glyphosate en viticulture, arboriculture et en grandes cultures.

Afin d’évaluer les alternatives possibles, trois critères ont été retenus : il faut que la solution de rechange soit disponible sur le marché, d'usage courant et qu'elle n'ait pas d'inconvénient pratique ou économiques majeures. Dans ses conclusions, l'Anses reconnait ainsi qu'il y a "des situations d'impasse technique, ou aucune alternative d'usage courant ne permet de répondre à court terme aux besoins des professionnels, sans nécessiter une modification substantielle des pratiques, qui aurait un fort impact sur l'activité agricole". 

Les agriculteurs conventionnels ont été entendus 

De nombreux arboriculteurs désherbent déjà mécaniquement entre les rangs d'arbres ou bien laissent ces couloirs recouverts d'herbe. Mais pas question pour eux de renoncer au glyphosate juste au pied des arbres fruitiers, explique l'Association nationale pommes-poires qui représente les deux-tiers de la production de pommes françaises. "Approcher un outil des arbres, c'est risquer d'approcher un outil de l'écorce. Si on gratte on risque de toucher les racines", explique son président Daniel Sauvaitre. 

Pour ce pommiculteur qui cultive 92 hectares à Reignac en Charente, le désherbage mécanique représente aussi un surcoût par rapport au glyphosate, un herbicide peu coûteux : _"On passerait de 150 euros à l'hectare à 700 ou 800 euros l'hectare."  Son voisin et cousin, Olivier Sauvaître, viticulteur conventionnel dans le Cognaçais défend un autre argument régulièrement avancé par la filière viticole : "Je n'aurai pas suffisamment de temps et de salariés pour réaliser ce désherbage mécanique. Pour moi recommencer à travailler le cavaillon_ [NDLR bande de terre entre les pieds de vigne que la charrue ne peut labourer] c'est une régression technique et sociétale." 

Pas d'estimation de la réduction de quantité utilisée

Des arguments pris en compte par l'Anses pour fixer les nouvelles restrictions de glyphosate. L'agence sanitaire estime néanmoins que cette limitation "va contribuer à réduire dès 2021 les quantités de glyphosate utilisée en France". L'Anses ne donne pas d'estimation de ce que cela pourrait représenter en terme de baisse des ventes de substance. 

D'après ses calculs, dans les vignobles, en limitant l'autorisation du glyphosate sous les pieds de vignes, cela revient à limiter les applications à 20 % de la surface de la parcelle. De même dans les vergers, les applications de glyphosate sont désormais limitées sous les arbres donc à 40 % de la surface de la parcelle.  

En 2017, Emmanuel Macron avait promis de sortir de l'essentiel des usages du glyphosate en 2021, et de l'interdire totalement en 2023. Aujourd'hui le scénario dessiné par l'Anses est celui d'une réduction de l'usage de l'herbicide mais pas d'une interdiction

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