Pour la zone C, le calendrier scolaire sonne le temps des vacances à compter de ce vendredi. Pour dresser un premier bilan de l'école à la maison, nous avons de nouveau interrogé Angela, Jean-Louis, Livia et Isabelle, nos quatre parents témoins.

L'école à la maison pendant le confinement engendre de nouvelles habitudes mais aussi des doutes pour les parents
L'école à la maison pendant le confinement engendre de nouvelles habitudes mais aussi des doutes pour les parents © Radio France / CS

Angela, Jean-Louis et Isabelle, qui habitent dans les Ve, XIe et XXe arrondissement de Paris, finissent leur troisième semaine de scolarisation à la maison et se sont pliés aux règles du confinement et du télétravail pour eux-mêmes. Pour Livia c'est la quatrième semaine, car elle habite à Ajaccio : il en reste encore deux avant de pouvoir parler de vacances. Les vacances ? Le concept est encore flou.

Rappel des épisodes précédents : la première semaine, les parents ont dû s'adapter à des communications plus ou moins efficaces avec les plateformes numériques de l'Éducation nationale. Dans un second temps, ils ont constaté à quel point les enfants les sollicitaient beaucoup. Les familles sont devenues de vraies ruches, car même les temps dits de loisirs doivent s'organiser.

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Devoirs, activités, sport, tout s'organise

S'il y a bien une chose sur laquelle tous les parents d'élèves de primaire s'accordent, c'est qu'une journée d'école ne dure jamais plus de deux heures quand on est à la maison. Le reste du temps, il faut tout inventer : des révisions, des jeux, des exercices en autonomie, du sport, des activités manuelles, et des temps de relâche. Souvent les équipes pédagogiques fournissent des idées, mais cela nécessite une présence adulte permanente. 

Jean-Louis et Stéphanie sont les parents de Pénélope, 10 ans. Alors que la première semaine Pénélope se levait à la même heure qu'avant, ses parents ont un peu ajusté les horaires : "On est un peu décalé, on a reculé le début de journée, on a la journée pour faire les devoirs, et le soir on se couche plus tard. On prend le temps, et puis pour les activités on laisse le temps à Pénélope", explique Jean-Louis. 

Isabelle, mère de deux jumelles Claire et Camille, en CM1, insiste sur la force des rituels. "Elles savent très bien comment se déroule la journée, lever, petit déjeuner, habillage, devoirs, repas et après elles savent qu'elles peuvent relâcher la pression. Comme ça elles font bien la différence entre les moments de concentration et les moments de distraction", explique la mère de famille.

Il y a un esprit de solidarité familiale qui s'est développé, explique Livia, maman de 'petite Livia' 16 ans, Vincent 14 ans, Camille 13 ans, et Anna 18 mois. "Les grands nous aident à occuper le bébé. On a mis un bac à sable sur le balcon, et on a même jardiné". 

Le contact réel et la présence des professeurs finissent par manquer

Globalement tout le monde aspire à un retour de contacts avec les enseignants et les copains.

"Les enfants se plaignent de ne pas parler avec un être humain", constate Livia. Ils ont beaucoup de travail, "beaucoup sur ordinateur, ce qui fatigue", note-t-elle."Et encore ça va pour nous, nous sommes privilégiés et bien équipés, mais toutes les familles n'ont pas un ordinateur pour chaque personne, et ici en Corse, certains sont même en zone blanche, sans connexion. Et la Poste ne fonctionne plus. Je ne sais pas comment ils s'en sortent". Les enfants de Livia se projettent déjà sur l'après confinement et le retour au collège et au lycée avec leurs amis.

Pénélope a eu beaucoup de devoirs, sur des choses acquises, des vidéos en anglais, mais pas vraiment de leçons. Ses parents ont contacté ses deux enseignantes, et ont interrogé cette absence de leçons, pour essayer de résoudre le problème. 

"Nous avons compris qu'il y a des enfants qui n’ont pas tous les moyens numériques, tout le monde n’a pas le même niveau, les maîtresses essaient de ne pas pénaliser ceux qui ont du mal à suivre." 

Globalement Jean-Louis et Stéphanie sont en manque de contact. "La seule fois que Pénélope a vu sa maîtresse, c'est pour une dictée filmée", rappelle Jean-Louis. Quant à la tentative de chorale avec tous les enfants en ligne, ce fut un échec, "impossible pour les enfants de se concentrer".

C'est la même frustration pour Angela, qui remarque que, quand elle écrit à la maîtresse de CE2 de César, "elle renvoie à peine une phrase comme retour". Les consultations de sites se sont en revanche nettement améliorées, les devoirs sont prescrits le lundi pour toute la semaine, "mais en trois jours on a tout fini, donc on révise les bases pour occuper le reste du temps", explique Angela. "Ça fait peu d'efforts à fournir, et je me rends compte que César peut en donner beaucoup plus. À l'avenir, nous serons beaucoup plus ambitieux."

César participe désormais à une compétition avec toute sa classe sur matheros.fr, "et il adore cela, il est complètement addict".

Des programmes et une organisation bien suivis

Au contraire, Isabelle apprécie la façon dont la maîtresse de Claire et le maître de Camille, toutes deux en CM1, organisent les choses et communiquent avec elle. "Dans l’ensemble on est bien épaulé par les professeurs. Pour moi  il y a des matières agréables à revoir avec les enfants : le français, j’aime bien. Les maths, c’est basique, j’ai compris la façon de faire la division, c’est plus détaillé que ce que je pensais, mais finalement c’est pas compliqué."

"On est très bien guidé, et les seules petites difficultés c’est le manque de motivation des enfants parfois." 

Même satisfaction chez Livia à Ajaccio, dont le mari, Fred, est professeur et assure la continuité pédagogique pour d'autres enfants. "Toutes les matières sont bien tenues par les enseignants", constate-Livia. "Le prof de sport leur fait remplir un questionnaire pour savoir quelles activités les enfants pratiquent à domicile, et il leur a prescrit une sorte de parcours du combattant. En arts plastiques, l'enseignant les occupe avec la fabrication d'un décor à poser sur le balcon pour le jour du dé-confinement". 

Vincent s’inquiète pour le brevet, dont une partie doit se faire sur table : "on attend une date, ou la solution retenue", explique sa mère.  

Conclusion : l’école à la maison ça marche bien pendant quelques jours, mais au-delà, les inégalités se creusent et les incompréhensions s'installent. Sans compter les "petits coups de blues qui débarquent", explique Jean-Louis, qui voit que Pénélope manque de contact avec ses camarades. Globalement, dès que ce sont des collégiens ou lycéens qui sont concernés, l'anxiété prend le pas. Les enfants sont inquiets pour la fin de l'année scolaire et les examens, et les parents sont débordés par l'accumulation des obligations pour eux-mêmes et le suivi que nécessite la scolarité des enfants, l'organisation quasi militaire de la vie familiale et le soutien moral. 

"Les vacances ? Imaginer le désœuvrement total pendant 15 jours, ça parait étrange"

Pour les vacances qui commencent pour les Parisiens, la question est de savoir à quoi elles peuvent ressembler.  

"On a envisagé d'aller à l'Isle-Adam pour voir la tante de Pénélope, mais c'est interdit, donc il faudra rester sur place", regrette Jean-Louis. "Je ne sais pas comment on va faire ; plus de jeux, des choses manuelles, des pliages, des jeux de société, peut-être  peindre une fenêtre donnant sur une belle plage, on n’a pas encore trop abordé le sujet. Nous serons plus disponibles pour appeler la famille. On n'a pas de Switch [une console de jeux, ndlr], et là, c'est dommage."

Jean-Louis finit par douter : "Ne pas sortir, c’est quand même raide. Garder ses distances, cela pourrait peut-être suffire, non ?"

Isabelle n'imagine pas stopper tout apprentissage pendant deux semaines d'affilée : "Claire et Camille ont déjà perdu du temps d’école et de concentration, et là, se dire, on arrête tout, c’est pas forcément possible. Les enfants oublient vite les choses, les multiplications s’envolent vite". Elle remarque qu'elle ne sait même pas si les enseignants seront en vacances, eux. "Ces devoirs ça tient un peu une journée quand même, et c’est utile même pour cadrer la journée des parents. Imaginer le désœuvrement total pendant 15 jours, ça parait étrange". Angela est sur la même ligne, et la même préoccupation. 

Les vacances des Corses sont prévues pour le 18 avril, et elle se souvient que "au début, le confinement et la scolarisation à domicile, on a pris ça cool", alors que maintenant elle avoue que "l'on n’arrive plus à se concentrer, j’ai la tête remplie de soucis, tous les problèmes sont condensés dans la maison, c’est une cocotte minute".  Quant aux vacances, "je n'arrive même pas à y penser", soupire Livia. 

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