Dans son livre "Un temps pour changer" à paraître le 2 décembre aux éditions Flammarion, le pape dessine le monde d'après Covid qu'il espère. Mais François s'élève aussi contre les abus de pouvoir et notamment "l'horrible assassinat de George Floyd par la police".

Dans son livre "Un temps pour changer" s'élève aussi contre les abus de pouvoir et notamment "l'horrible assassinat de George Floyd par la police".
Dans son livre "Un temps pour changer" s'élève aussi contre les abus de pouvoir et notamment "l'horrible assassinat de George Floyd par la police". © AFP / Vatican Media / Handout

Pour le Pape, il y a un temps pour voir, un temps pour choisir et un temps pour agir car "les temps que nous vivons sont décisifs". Et il faut d'abord voir. Voir que l'assassinat de George Floyd a donné le coup d'envoi des protestations contre l'injustice raciale dans le monde entier. Mais attention, il ne faut pas se tromper de revendication. Pour François, pendant la crise du coronavirus, certaines revendications ont mis en évidence un esprit de victimisation sur fond de colère mais "parmi des personnes qui ne sont victimes que dans leur propre imagination". Et le Pape dénonce les anti-masques, "ceux qui prétendent que le fait d'être obligé de porter un masque est un abus de pouvoir de l'État".

Au contraire, le Pape défend les gouvernements qui ont fait passer en premier le bien-être de leur population. Et il en profite – sans citer les États-Unis de Donald Trump – pour dénoncer "les gouvernements qui ont ignoré les douloureuses preuves de l'augmentation du nombre de morts avec des conséquences inévitables et graves". Certains ont pris l'idée de "liberté personnelle" pour la transformer en "idéologie". Et de dénoncer alors ceux qui ont refusé "de garder leurs distances, manifestant contre les restrictions de déplacements".

Tu ne verras jamais ces gens-là protester contre la mort de George Floyd.

Pour François, ces "gens-là" ne protesteront pas non plus contre le fait qu'il y ait des "bidonvilles où les enfants manquent d'eau et d'instruction". Le Pape est cinglant. Il affirme également que "ces gens-là" ne monteront pas au créneau "pour que les sommes faramineuses investies dans le commerce des armes servent à nourrir l'ensemble de la race humaine et à scolariser chaque enfant".

À ce propos, il interpelle son lecteur : "Regarde les chiffres : ce que les nations dépensent en armes te glacera le sang", écrit-il. Et le Pape met en parallèle les statistiques de l'Unicef : au cours des quatre premiers mois de cette année, 3,7 millions de personnes sont mortes de faim. "Et combien sont mortes de la guerre ?" lance François. Les dépenses d'armement "détruisent l'humanité". Sa solution : que ce qui est dépensé en armement le soit en aide aux plus pauvres.

Pour le Pape, les manifestants contre le port du masque sont donc centrés uniquement sur eux-mêmes et "ont perdu le sens de la solidarité et de le fraternité". "Ils sont incapables de sortir de leur propre petit monde d'intérêt", écrit-il. 

Un temps pour agir

Le Pape dresse donc un bilan sombre de ce "temps pour voir". Mais il y a le "temps pour agir". Et dans les manifestations en réaction à l'assassinat de George Floyd, "de nombreuses personnes qui, autrement, ne se connaissaient pas, sont descendues dans le rue pour protester, unies par une saine indignation". Pour François, de tels moments "révèlent non seulement le sentiment populaire mais aussi le sentiment d'un peuple, son âme" ! Et c'est bien ainsi que la société doit agir demain selon le Pape. Le peuple prend conscience qu'il a une "âme" dans ces "moments-clés de son histoire". La "conscience" d'un peuple n'est pas le "résultat d'un système économique ou d'une théorie politique". Pour François, il est tout simplement impossible de revenir aux "fausses sécurités de nos systèmes politiques et économiques" d'avant la crise car, sinon, nous assisterons _"à une énorme explosion sociale_".