Une étude menée par une biologiste américaine montre que le céphalopode passe avec brio le "test du chamallow", révélateur d'intelligence et de maitrise de soi.

La seiche passe la plupart de son temps au repos, immobile, camouflée
La seiche passe la plupart de son temps au repos, immobile, camouflée © Getty / Moodboard

Connaissez-vous le test du chamallow, mis au point en 1976 par le psychologue Walter Mischel ? Le principe est simple : vous disposez un chamallow devant un enfant, et vous quittez la pièce après lui avoir dit deux choses :

  • il peut sonner une clochette à tout moment s'il veut manger la guimauve ;
  • s'il est capable de patienter quinze minutes, la récompense sera plus importante, puisqu'il aura droit à deux chamallows.

Répétée pendant trois décennies, cette expérience a montré que les enfants qui avaient la capacité de différer la récompense (et donc une meilleure maîtrise d'eux-mêmes) avaient plus de réussite scolaire et un meilleur développement personnel.

Une expérience adaptée aux seiches

L'expérience a été menée par la biologiste Alexandra Schnell du laboratoire de biologie marine de Woods Hole dans le Massachussetts
L'expérience a été menée par la biologiste Alexandra Schnell du laboratoire de biologie marine de Woods Hole dans le Massachussetts / Courtesy of the Grass Foundation

La biologiste Alexandra Schnell, du laboratoire de biologie marine de Woods Hole, dans le Massachussetts, a adapté l'expérience aux céphalopodes. Il a d'abord fallu déterminer qu'elle était leur friandise préférée, entre une crevette des marais, une crevette royale et un petit crabe : c'est la crevette des marais qui l'a emporté. 

Dans un deuxième temps, les seiches ont été confrontées à la situation d'attente pour obtenir la meilleure récompense. Il apparaît qu'elles sont capables de tolérer un retard de 50 à 130 secondes. Selon la biologiste, c'est l'équivalent de ce que l'on observe chez les vertébrés à gros cerveau (chimpanzés, corbeaux, perroquets).

Surprenante maitrise de soi

Qu'en conclure ? Quel avantage cela donne-t-il aux seiches ? C'est toute la question, observe Ludovic Dickel, biologiste à l'université de Caen. Car tout ceci est un peu mystérieux. Contrairement à la pieuvre, qui chasse le crabe dans les rochers et qui doit donc faire preuve de patience avant de voir sortir sa proie, la seiche, elle, chasse en pleine eau, et de façon ponctuelle. L'animal passe la plupart du temps au repos, immobile, camouflé. Comment a-t-il donc pu développer une telle maitrise de soi ?

Chez les humains, la gratification différée renforce les liens sociaux entre les individus - c'est le cas quand on attend, par politesse, que tout le monde soit à table pour commencer à manger. Cela peut aussi être un besoin de décupler son plaisir, comme lorsque l'on se prive de goûter avant un dîner copieux.

D'autres animaux ont développé cette même capacité à la maitrise de soi et à la planification de l'avenir : les chimpanzés, les éléphants, la loutre de mer. L'étude rappelle que ce sont des animaux constructeurs, qui utilisent des outils parfois fabriqués pour débusquer la nourriture. Les primates confectionnent des baguettes pour fouiller les termitières. Les pies, elles, ont recours aux roues des voitures pour casser des noix qu'elles déposent avant leur passage sur la route.

La seiche rejoint donc ces animaux et tient la comparaison. Ce n'est toutefois pas le seul céphalopode de cette liste. Dès 1963, Peter Noel Dilly avait montré la même compétence chez la pieuvre.

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