En Israël, une réalisatrice et son père producteur ont transposé la vie d'une jeune hongroise déportée en "story" pour Instagram. Un grand succès sur le réseau social, qui a aussi essuyé quelques critiques.

"Eva stories", où l'histoire d'une adolescente juive sous la Shoah à l'heure des réseaux sociaux.
"Eva stories", où l'histoire d'une adolescente juive sous la Shoah à l'heure des réseaux sociaux. © Compte Instagram "Eva stories"

Et si Eva Heyman, morte à Auschwitz à 13 ans en 1944, avait eu un smartphone ? Son journal intime, découvert après la guerre, raconte sa vie au ghetto et la productrice Maya Kochavi, 28 ans, l’a décliné sur Instagram."Mon père voulait raconter l’histoire de l’Holocauste pour toucher les jeunes, explique-t-elle. Les Israéliens, surtout, ont été très mécontents du concept, ils pensaient que le projet voulait minimiser l’Holocauste alors que c’était tout le contraire."

La série (en anglais) comprends 70 épisodes, dans lesquels Mia Quiney, jeune actrice britannique, retrace la vie d’Eva à ses followers, depuis l'arrivée des nazis dans de sa ville natale jusqu’à sa déportation à Auschwitz, d’où elle ne reviendra pas.

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Eva.Stories Official Trailer

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Sur l'une des stories, on voit des figurants, portant l'étoile jaune, escortés manu militari par les nazis vers les "trains de la mort" pour être déporté vers Auschwitz : 

Sur une story, format vertical, des figurants sont montrés en train d'être déportés.
Sur une story, format vertical, des figurants sont montrés en train d'être déportés. / Capture d'écran "Eva stories"

Sur une autre vidéo, l'adolescente filme l'insalubrité du ghetto où elle est entassée. "Nous sommes 20 personnes dans une seule petite pièce. Nous dormons sur le sol", décrit-elle. Une story accompagnée de la localisation "ghetto" et du hashtag #lifeduringwar.

"Nous sommes 20 personnes dans une seule petite pièce"
"Nous sommes 20 personnes dans une seule petite pièce" / Capture d'écran "Eva stories"

"Instagram est une salle de cinéma"

Car si les costumes, les coiffures, les décors, la violence et la tension sont réalistes et fidèles au récit de la jeune fille, on est sur Instagram : les images tremblent un peu. Eva se filme, souvent façon selfie. Il y a des hashtags, des filtres, des emojis, des commentaires sous les images : "Il faut se souvenir de quand la 'Liste de Schindler' est sortie en film. Pour les jeunes, Instagram est une salle de cinéma", estime l'adolescente.

Dana, la mère de la réalisatrice, est émue et fière du travail de sa fille : "Mon père était rédacteur en chef d'un journal à Zagreb et écrivain contre les nazis. Il a dû fuir. Mon grand-père a été tué dans un camp alors oui, j’aurais aimé que mes parents puissent voir cela."

"Il faut se souvenir quand la 'Liste de Schindler' est sortie en film. Pour les jeunes, Instagram est une salle de cinéma", estime Maya Kochavi.
"Il faut se souvenir quand la 'Liste de Schindler' est sortie en film. Pour les jeunes, Instagram est une salle de cinéma", estime Maya Kochavi. / Compte Instagram "Eva stories"

"C'est très intime pour moi"

Ronite, une professeure israélienne, a fait découvrir "Eva stories" à ses jumeaux de 12 ans et demi. "Mes grands-parents ont été victimes de l’Holocauste en Hongrie et en Roumanie, donc c’est très intime pour moi", explique Ronite. Selon elle, "Instagram est un autre support, un autre point de vue pour montrer l’Holocauste à hauteur humaine." Eva Story compte 1 million et demi d’abonnés sur Instagram. Lundi prochain elle sera disponible sur Snapchat, pour élargir encore son audience auprès des plus jeunes. 

Sur Twitter, de nombreux internautes ont déjà fait par de leur émotion au visionnage :

La transmission de l'histoire de la Shoah sera sans doute abordée jeudi à Jérusalem : une quarantaine de chefs d'Etat ou de gouvernements, dont Emmanuel Macron, s'y retrouveront pour commémorer le 75e anniversaire de la libération d'Auschwitz.

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