En 1992, des tests ADN ont mené le roi de la pop dans la petite ville ivoirienne de Krindjabo. 26 ans plus tard, les habitants se souviennent encore de la venue de Michael Jackson, et veulent en tirer un bénéfice touristique. Et tant pis si la star est aujourd'hui accusée de pédophilie.

Le roi du Sanwi, royaume au sud-est de la Côte d’Ivoire, où eu lieu la cérémonie d’intronisation de Michael Jackson en tant que prince, lors de sa visite en 1992.
Le roi du Sanwi, royaume au sud-est de la Côte d’Ivoire, où eu lieu la cérémonie d’intronisation de Michael Jackson en tant que prince, lors de sa visite en 1992. © Amandine Réaux

Au centre de la petite ville de Krindjabo trône un cerisier centenaire, protégé par une bande blanche :  "C’est l’arbre sacré qu’on appelle le Krindja, les femmes qui ont leurs menstrues ne peuvent pas s’asseoir dessous", explique Olivier Kattie, porte-parole du roi du Sanwi, un royaume au sud-est de la Côte d’Ivoire. C’est ici qu’a eu lieu la cérémonie d’intronisation de Michael Jackson en tant que prince, lors de sa visite en 1992.

L’histoire est assez méconnue. À la recherche de ses origines, le "roi de la pop" fait des tests ADN. L’afro-descendant découvre que ses ancêtres, vendus comme esclaves pour rejoindre les États-Unis, sont nés à Krindjabo, une ville appartenant au royaume prospère du Sanwi, surnommé le "berceau de la Côte d’Ivoire".

Le Krindja, l'arbre sacré, au pied duquel a eu lieu la cérémonie d’intronisation du "prince" Michael Jackson en 1992.
Le Krindja, l'arbre sacré, au pied duquel a eu lieu la cérémonie d’intronisation du "prince" Michael Jackson en 1992. / Amandine Réaux

Michael Jackson organise alors son pèlerinage. Patrick Aka, conseiller du roi Amon N’Douffou V, n’en revient toujours pas :

Nous étions en réunion quand nous avons appris qu’un Américain noir allait venir ici, pour nous ça ressemblait à une blague !

Tous les natifs du royaume sont invités à revenir pour l’accueillir.

Pour d'autres, note le porte-parole du roi du Sanwi, c'est tout le contraire : 

Sa visite a suscité une joie inoubliable dans tout le royaume, il y a eu des danses de réjouissance. Michael Jackson a été reconnu prince puisque sa famille possédait l’un des 48 sièges royaux. Il a pleuré de joie.

Le poids de l’histoire resurgit et les retrouvailles avec ses cousins éloignés émeuvent. "Il y avait des vieilles, aujourd’hui décédées, qui ont pleuré, tout le monde avait les larmes aux yeux. Cette famille a été déportée jusqu’aux États-Unis, c’était quand même dur", ajoute Patrick Aka. 

Visite éclair

Mais Michael Jackson ne passe qu’une demi-heure sur place. Si bien que le convoi du chanteur croise au retour des habitants des villes voisines qui marchaient jusqu’à Krindjabo pour le rencontrer.

Malgré cela, sa visite laisse un souvenir impérissable, comme en témoigne la photo de la cérémonie encore accrochée dans le salon du roi.

Inspirés par l’interprète de Thriller, d’autres afro-descendants ont eux aussi voulu retrouver leurs ancêtres. Ces dernières années, un millier d’entre eux se sont rendus dans le Sanwi par l’intermédiaire de l’agence ivoirienne de voyage Frih Agency, dont une trentaine début juin.

La mort brutale de la star à 50 ans après une surdose médicamenteuse, le 25 juin 2009, est un choc à Krindjabo. Le royaume entre même en contact avec l’ambassade des États-Unis en Côte d’Ivoire pour demander le rapatriement du corps. Sans succès.

Il organise néanmoins des funérailles, auxquelles assistent "une partie de la famille de Michael Jackson ainsi que des Noirs américains", se rappelle Blaise Nda, porte-canne à la cour royale et fan du chanteur.

Conformément aux traditions princières, l’emplacement de sa tombe est gardé secret, mais le roi projette de construire une stèle pour "tous ceux qui veulent faire un pèlerinage, le 25 juin ou le reste de l’année", précise Olivier Kattie. "C’est vrai que comme c’est un grand artiste, on pourrait croire à du bluff, mais chacun a des origines et les siennes sont à Krindjabo !" sourit-il.

Attraction touristique

26 ans après, la visite de Michael Jackson reste marquante. Elle constitue aussi une attraction touristique pour Krindjabo, qui a gagné en visibilité et reçu des dons. Les accusations de pédophilie, qui ont récemment refait surface avec le documentaire Leaving Neverland (HBO), n’ont pas écorné son image.

Michael Jackson entouré d’orphelins et d’enfants abandonnés à l’hôtel Intercontinental d’Abidjan, le 16 février 1992.
Michael Jackson entouré d’orphelins et d’enfants abandonnés à l’hôtel Intercontinental d’Abidjan, le 16 février 1992. © AFP / Issouf Sanogo

"Nous ne sommes pas au courant", balaye Blaise Nda. Jacqueline Kadjo, mal à l’aise, reconnaît qu’elle "n’aime pas trop [se] prononcer sur ce sujet". Issue de l’une des familles les plus prospères du Sanwi, l’Ivoirienne de 44 ans, dit ne "pas croire à tout cela, les gens disaient beaucoup de mensonges sur lui".

Même son de cloche chez le porte-parole du roi du Sanwi, Olivier Kattie :

Ce sont des accusations gratuites et méchantes pour le dénigrer. Quand on veut salir une personne, on peut dire tout ce qu’on veut contre elle. Même si c’était vrai, et qu’il était vivant, on lui aurait fait des remarques. Il sait très bien que c’est un péché. Mais c’est notre frère, on ne le rejettera jamais.

A l’occasion des dix ans de sa mort, ce mardi, Jacqueline Kadjo organise une soirée dans son restaurant avec une playlist spéciale et peut-être des imitations. Deborah, serveuse de 25 ans, "apprécie beaucoup sa musique". "Ça fait danser", dit-elle.

Le roi prévoit, lui, une réunion privée avec la famille du chanteur. Une cérémonie traditionnelle lors de laquelle "il fera des libations en versant de la boisson à terre pour que Michael Jackson continue de reposer en paix", fait savoir Olivier Kattie.

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