L'index de l'égalité femmes-hommes en entreprise lancé par le gouvernement en 2018 est prometteur, mais ignore de grandes sources d'inégalités salariales, rapporte le think tank progressiste Terra Nova dans une note publiée ce jeudi.

Affiche collée sur un mur à Paris le 8 Juin 2020 (photo d'illustration).
Affiche collée sur un mur à Paris le 8 Juin 2020 (photo d'illustration). © AFP / Amaury Cornu

Le think tank proche du centre gauche Terra Nova présente ce jeudi 21 janvier ses conclusions sur l'Index Égalité Professionnelle, un peu plus de deux ans après sa création. En 2018, le gouvernement a lancé cet outil, un système de notation des entreprises de plus de 50 salariés en matière d'égalité salariale. Chaque entreprise doit s'autoévaluer chaque année sur différents critères comme l'écart de rémunération, le pourcentage d'hommes et de femmes qui ont perçu une augmentation, la répartition des promotions, ou encore la parité parmi les dix plus hautes rémunérations. Si la note est en dessous de 75/100, l'entreprise doit prendre des mesures correctives dans les trois ans, sous peine de s'exposer à des sanctions financières.  

Le prisme du "plafond de verre"

Si cet index permet, selon le think tank, de passer "d'une obligation de moyens à une obligation de résultats avec une méthode commune imposée", il y a malgré tout des trous dans la raquette. Certaines entreprises peuvent obtenir de très bons scores, donnant ainsi une "illusion d'égalité", là ou des fossés persistent sur le plan structurel. L'analyse de Terra Nova, c'est que cet outil est basé sur le prisme de "plafond de verre", soit l'impossibilité pour les femmes d'accéder à des postes avec de hautes responsabilités, et donc des hauts salaires. 

"C’est là une vision qui va dans le sens d’une individualisation de la gestion des ressources humaines, mettant l’accent sur la progression des carrières des femmes par rapport à celle des hommes et allant dans le sens de l’évaluation des compétences individuelles des talents. Or, beaucoup de métiers restent très féminisés avec des temps partiels imposés et peu d’évolution dans la carrière", peut-on lire dans la note de Terra Nova. 

Pas de prise en compte des temps partiels

En effet, l'index ne prend pas en compte les temps partiels, "alors qu’ils sont dans 85% des cas occupés par des femmes". Le temps partiel "regroupe des réalités très différentes puisqu’il existe dans de nombreux métiers féminisés des temps partiels imposés (auxiliaires de vie, aide ménagères, caissières, secrétaires de direction)", précise Terra Nova. Cet outil ne permet pas non plus de quantifier la surreprésentation des femmes dans les bas salaires. 

Le think tank suggère d'ajouter dans les indicateurs, le pourcentage de femmes parmi les 20% des salaires les plus bas d'une entreprise. "On valoriserait les entreprises qui auraient moins de femmes dans les salaires les plus bas que le pourcentage moyen de femmes dans un secteur donné", explique à France Inter Kenza Tahri, du pôle Égalité homme-femme de Terra Nova. "C'est intéressant car on vient révéler quelque chose de structurel, et ça nous permet de mener une politique beaucoup plus ambitieuse de réduction des écarts de salaires", poursuit-elle.

Afin d'améliorer l'outil, Terra Nova conseille aussi de "de favoriser le développement du temps partiel 'choisi' afin qu’il cesse d’être un facteur de discrimination indirecte". Cette approche "permettrait d'entamer des réflexions sur la revalorisation des métiers féminisés".