Pour cette présidentielle 2020, les États-Unis comptent quelque quinze États-clés, contre cinq ou six habituellement. Des États traditionnellement démocrates ou républicains mais qui restent très indécis cette année. Et en 2020 plus que jamais, le scrutin se jouera dans les banlieues, les "suburbs" à l'Américaine.

En 2020, les banlieues américaines sont le nouveau "swing state"
En 2020, les banlieues américaines sont le nouveau "swing state" © Getty / jeremyiswild

Les banlieues pourraient bien faire la différence entre Donald Trump et Joe Biden lors de la présidentielle du 3 novembre prochain. Ces zones périurbaines représentent aujourd'hui 80 % des habitants des plus grandes villes du pays et abritent près de la moitié des électeurs !

Aux États-Unis, la tradition veut que les grandes villes votent plutôt démocrate, les zones rurales et les petites villes plutôt républicain. Et depuis plus de vingt ans, les républicains remportaient environ 47 % des voix des banlieues, et les démocrates 45 %. Voilà pour la tradition. Mais aujourd'hui, la tradition n'est plus la même.

La banlieue change de visage

Dans le Los Angeles Times, Joel Kotkin, directeur exécutif de l'Institut de la réforme urbaine, un think tank, rappelle que la banlieue a bien changé au fil du temps. 

La banlieue n'est plus uniquement le cadre de vie des femmes au foyer (les fameuses "housewives") blanches. Elle s'est diversifiée : plus de mixité, plus de jeunes. En particulier des "millenials" repoussés par les prix des logements au cœur des grandes villes, et peu attirés par la campagne. Or, les "millenials" sont plus progressistes ("liberals") sur les questions de genre, de race et sur le climat.

Ainsi, sur les 41 districts républicains passés démocrates en 2018, 38 se situaient dans les "suburbs".

Les banlieues grossissent et 30 % de leur nouvelle population sont des immigrants.  

En 2016, Donald Trump avait remporté la majorité du vote de banlieue avec seulement 4 points de plus qu'Hillary Clinton. Mais les femmes mariées de ces banlieues avaient voté en majorité Clinton, alors qu'elles votaient républicain auparavant. Le vote démocrate de cette population est ainsi passé il y a quatre ans à 49 % pour Hillary Clinton, contre 47 % pour Donald Trump. 

On pourrait penser que le fait qu'Hillary Clinton soit une femme les a poussées à voter pour elle. Sauf qu'en 2018, pour les "mid-terms" (élections législatives de mi-mandat), l'écart s'est encore plus creusé en faveur des démocrates : 54 % des femmes mariées de banlieue ont soutenu les candidats démocrates contre 44 % pour les républicains.

Joe Biden, pour l'instant, est majoritaire dans les intentions de vote des banlieues, y compris dans un État-clé comme l'Ohio. Ces zones périurbaines ont rajeuni, et Joe Biden mène largement dans les intentions de vote des 18-29 ans : 49 % pour le démocrate, contre 20 % pour Trump. Le président américain l'emporte à peine chez les plus de 30 ans, à 45 % contre 42 %.

Donald Trump s'adresse aux "mères au foyer blanches de banlieue"

Donald Trump a bien compris que la banlieue était un "État-clé". Il focalise donc sa campagne sur les banlieusards plutôt que sur les ruraux (sa base) et les habitants des grandes villes (plutôt démocrates), en faisant planer une menace sur leur cadre de vie : 

Si Joe Biden est élu, il va détruire votre quartier et votre Rêve américain. Moi, je le préserverai et, en plus, je l'améliorerai !

Et il en donne la "preuve" : Barack Obama avait tenu à mettre en œuvre le Fair Housing Act, voté 1968 (!), qui permettait d'empêcher toute discrimination au logement. Donald Trump a préféré annuler ce texte et se présenter comme"le défenseur des banlieues" en faisant barrage à l'arrivée massive de familles à faibles revenus.

Donald Trump continue donc de jouer sur la peur et l'angoisse. Mais les banlieues ont changé de physionomie et les femmes au foyer blanches ne sont plus majoritaires. Les banlieues sont plus mélangées sur le plan économique et sur le plan de la mixité des origines.

Du coup, 68 % des femmes de banlieues désapprouvent la politique de Trump et 55 % le font _"fermement"_.

Donald Trump connaît-il la banlieue ? Non ! Mais Joe Biden non plus

Selon Sarah Chamberlain, présidente de Main Street Republican Partnership citée dans un article de RealClear Politics, 

Trump doit arrêter de tweeter, d'insulter les gens et doit se concentrer sur ses actions et sa politique. Ces banlieusards reviendront au Parti républicain si l'on débat d'idées et de politiques qui ont un impact sur leurs vies.

Mais pour Joel Kotkin, directeur exécutif de l'Institut de la réforme urbaine, dans le Los Angeles Times, une difficulté demeure, qui l'empêche d'imaginer une politique pertinente pour les "suburbs" : 

L'un des problèmes de Trump c'est qu'il ne sait absolument pas qui vit en banlieue aujourd'hui.

Joel Kotkin reconnaît tout de même que "les démocrates ne le savent pas vraiment non plus". 

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