Cette fois c'est le choix des moteurs disponibles sur les nouveaux smartphones équipés d'Android qui est en cause. Ecosia, Qwant et Lilo réclament une réunion avec Google sous l'égide de la Commission Européenne

Quels seront moteurs de recherche disponibles sur les nouveaux smartphones équipés d'Android ? La bataille des moteurs de recherche alternatifs contre le géant Google continue
Quels seront moteurs de recherche disponibles sur les nouveaux smartphones équipés d'Android ? La bataille des moteurs de recherche alternatifs contre le géant Google continue © Getty

Cinq moteurs de recherche alternatifs ont écrit à la vice-présidente exécutive de la commission européenne, Margrethe Vestager, pour demander une réunion tripartite avec Google et la Commission européenne pour améliorer le menu de préférence sur Android. 

Les sociétés développant le moteur allemand, Ecosia, les deux français, Qwant et Lilo, l'américain, DuckDuckGo  ainsi que le moteur tchèque Seznam.cz, dénoncent la position abusive de Google. Ils mettent en cause ce que Google appelle le "choice screen". Faisons un petit retour en arrière pour comprendre. 

En 2018, la Commission européenne a infligé une amende 4,3 milliards d'euros à Google pour abus de position dominante. Motif : avoir fermé son système d'exploitation Android à ses concurrents. En réponse, Google a revu sa copie et proposé le système de "choice screen". Il donne le choix entre quatre moteurs par défaut (dont celui de Google) aux utilisateurs de nouveaux smartphones mis sur le marché. Mais ne figurent parmi les trois autres, que les moteurs qui ont remporté des enchères, une mise à prix régulière, tous les trois mois. En clair, sur les nouveaux téléphones Android, pour avoir accès à un moteur de recherche alternatif, il faut désormais que celui-ci paye.

"Le prix par utilisateur actif est insupportable"

Que s'est-il passé à l'issue des enchères de septembre ? Ecosia le moteur de recherche qui réunit 15 millions d'utilisateurs actifs chaque mois en Europe, se finance par la publicité et permet aux internautes de participer à la reforestation, a finalement participé aux enchères, après avoir annoncé son boycott. Il a remporté un petit marché européen, celui de la Slovénie (2 100 000 habitants). Qwant de son coté, le moteur français au cinq millions de visiteurs mensuels, a réussi à se positionner sur la France, le Benelux, l'Italie et l'Espagne. 

"Nous avons pu vérifier ce que nous dénonçons depuis le début", explique Jean-Claude Ghinozzi, PDG de Qwant, "le système est complètement opaque, on enchérit mais on ne sait pas à combien d'utilisateurs le système sera proposé in fine. Le prix par utilisateur actif est insupportable, on peut frôler l'euro. Pour nous il est clair que ce système va permettre à Google de rembourser les amendes qui lui sont infligées en Europe sur le dos des entreprises comme les nôtres".  

Pour Ecosia, le coût financier d'un tel système n'est "pas tenable", explique Juliette Chabod, représentante d'Ecosia en France. "Ce serait un gouffre financier", pour un moteur dont l'objet est de financer la reforestation et dont les revenus sont en baisse depuis la crise du coronavirus.

Les petits moteurs veulent que le système soit remis à plat

Ce système, supposé permettre l'ouverture à la concurrence, finit donc aux yeux des signataires de la lettre par aboutir à l'inverse. Alors que les habitudes de recherche se développent sur les smartphones, les moteurs alternatifs craignent d'être exclus. 

"C'est complètement biaisé", estime Jean-Claude Ghinozzi, qui rappelle que Qwant est à l'origine de la procédure contre Google pour abus de position dominante. "La position de Google est carrément choquante, il faut que le régulateur européen fasse revoir ce système" estime-t-il. Qwant tente de son côté de s'allier avec le constructeur de smartphones chinois pour apparaître par défaut sur les appareils vendus en France, en Allemagne et en Italie, puisque ceux-là ne peuvent afficher Google, conséquence de la bataille commerciale entre Chine et États-Unis. Mais ce n'est qu'une partie de la solution pour se développer sur le marché mobile. 

La responsable France d'Ecosia, Juliette Chabod, estime que ce qu'il faut obtenir, "c'est l'annulation de ce système d'enchères, et l'affichage d'une liste complète de moteurs disponibles, avec une phrase pour chacun, permettant de les différencier. Les internautes ont le droit de connaître les différentes possibilités". Un affichage complet donnerait le choix entre une dizaine de possibilités, en permanence.

"Ce système n'est bon pour personne" insiste Juliette Chabod, "ni pour les moteurs alternatifs, ni pour les internautes. Ce n'est pas éthique". 

Les signataires de la lettre espèrent que la Commission européenne se positionnera rapidement sur le "choice screen". 

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