Depuis sa création en 1865, la carte postale a connu un âge d’or dans les années 1920, avant de décliner à compter de la démocratisation du téléphone. Mais les nouvelles applications numériques lui promettent désormais un renouveau.

Le musée de la carte postale à Baud en Bretagne avait proposé en 2017 aux visiteurs de composer leurs propres cartes postales à l'aide de la réalité augmentée
Le musée de la carte postale à Baud en Bretagne avait proposé en 2017 aux visiteurs de composer leurs propres cartes postales à l'aide de la réalité augmentée © .

Au siècle du message court, comment a-t-on pu penser que la carte postale se mourait ? Les éditeurs traditionnels ont bien sûr essuyé des revers industriels, et pour leurs images sur carton d'une brillance impeccable, il a souvent fallu, ces dernières décennies, trouver de nouveaux débouchés. Mais la pratique même du petit message, avec image-souvenir, n'est pas du tout en perdition, au contraire. Sans compter l'invasion des cartes publicitaires, annonces de programmes, ou les cartes à colorier. 

La carte postale "possède le charme de toutes les tendresses sans conséquence et de tous les petits mensonges sans compromis. Ni la sécheresse mercenaire du télégramme, ni l’intimité ennuyeuse, grave, périlleuse, des deux feuilles de papier à lettre", disait le philosophe italien Mario Perniola.

Sur papier, envoyé par SMS, ou bien imprimé et posté par une start-up, le petit-message avec-image-souvenir dit toujours la même chose depuis sa création en 1865 : "Coucou c’est moi, je suis là, loin de toi mais je pense à toi". Et ce n'est pas près de cesser. 

Désormais la carte postale reste postale par la magie du numérique

L'une des premières cartes postales, présentée par le Musée de la carte postale à Antibes
L'une des premières cartes postales, présentée par le Musée de la carte postale à Antibes / .

Après les applis qui ont imprimé les photos stockées dans les smartphones, plusieurs start-up assurent désormais l'impression et l'envoi sous forme de carte postale des photos de votre choix. Il suffit de sélectionner le bon cliché, écrire le message, signaler l’adresse d’un destinataire, et ces nouveaux services en ligne s’occupent du reste. 

Fizzer fait son cocorico en ce moment avec son million d’utilisateurs glanés en cinq ans, mais d’autres comme Youpix, MaCartaMoi, Touchenote, Popcarte proposent la même chose. Ils sont légion à  vouloir ainsi 'cartepostaliser' vos souvenirs de vacances, vos programmes de festivités, ou vos arguments commerciaux.

Après l'encombrement des boites mails par les cartes "électroniques", notamment au moment du nouvel an, le monde numérique a compris que l'utilisateur aime ce qu'il a toujours aimé : un cliché personnel qui lui est destiné en particulier.  Et si Paris relance un festival de l'écriture manuscrite, c'est aussi que l'usager-internaute-ou-pas a besoin de laisser sa griffe sur les moments fugitifs de bonheur que peuvent être les vacances. Les cartes postales envoyées par ces nouveaux services remplissent ces conditions en permettant de simuler sa signature sur l’écran du smartphone. 

Nul doute que l’avenir leur sourira car, depuis sa création, la carte postale s’avère être un outil indispensable de communication interpersonnel et sentimental.

Les différentes "carrières" de la carte postale

Dominique Piazza, créateur de la carte postale illustrée en 1891
Dominique Piazza, créateur de la carte postale illustrée en 1891 / Philapostel Bretagne

L’histoire de la carte postale est ponctuée d’un âge d’or dans les années 20, de la fin d’un âge d’or, et d’une époque moderne, avant un déclin à compter de la démocratisation du téléphone. 

En réalité, elle s’est soumise à toutes les inventions techniques : photographie, simili-aquarelle, chromolithographie, bois, eau-forte, pointe sèche, simili-crayon, lithographie, phototypie, gaufrage, pyrogravure. Elle a véhiculé toutes les images qui font l’histoire d’une société : les métiers, la vie à la campagne, les commerces, autant que les paysages y ont eu leur droit d’impression.

Comme les photos sur Instagram, la carte postale a tout de suite connu l’application de filtres, si l’on considère que l’ajout d’angelots peut être l’ancêtre de l’ajout de smileys, ou que les couronnes de fleurs ont précédé les filtres Snapchat avec des oreilles de lapin.  

Exemple de modèle
Exemple de modèle / Popcarte.com

Les services des postes permettent à partir de 1904 la division du recto en deux parties, pour l’adresse et le texte. Le message étant lisible par tous, cela a permis aux autorités d'exercer facilement la censure en temps de guerre (1914-1918) et d'en faire le premier support de diffusion de fake news officiel, avec son cortège de dessins patriotiques et de slogans de propagande.

Plus tard, alors que le téléphone se généralisait et révolutionnait les modes de communication, il n'a plus été nécessaire de s'écrire tous les jours d'un bout à l'autre de la France. La carte postale a alors entamé une grande carrière de messagère de souvenirs de vacances. Son utilisation la plus récurrente a été la représentation de paysages photographiés, idée que l’on doit au Marseillais Dominique Piazza, en 1891. Les photos de plages idylliques, de paysages dits de rêve, se sont alors propagées juqu’à l’écœurement. 

À l'époque où chacun est le photographe de sa vie, en permanence, l'engouement pour les nouvelles applis signale l'envie de transmettre sa propre vision. Peut-être que cette pratique individualisée de production d’images de vacances donnera à la carte postale une plus grande liberté, ou qu'elle remettra au goût du jour la pratique de la photo de famille. 

Une communauté d’irréductibles attachés au carton et à l’acheminement postal

La communauté Postcrossing survivra-t-elle face à la déferlante de ces applications ? Avec plus de 770 000 aficionados dans le monde, Postcrossing a rassemblé, depuis de nombreuses années, les réfractaires au SMS vacancier. Un bon tiers de ces passionnés vient de Russie, Taiwan et Chine. La communauté a fait voyagé 415 000 cartes en juillet dernier.  

Leur motivation ? C’est l’envoi par la poste et surtout l’attente, cette plage d’expression du désir, soit en moyenne 25 jours. Attendre qu’un précieux carton brillant d’une image figée sur sa beauté supposée, arrive dans la boite aux lettres. Le site postcrossing.com signale en temps réel que Kirko, par exemple, vient de recevoir une carte de Fraggle25, l’un est au Danemark, l’autre en Grèce. La seule différence avec les clients de Fizzer, Popcarte et consorts, c’est que Kirko ne connait pas forcément Fraggle25. 

Les collectionneurs et les musées aiment aussi la carte dématérialisée

Les nombreux collectionneurs, irréductibles fans de la vieille dame en carton, écumeurs de vide-greniers et animateurs de musées de la carte postale, maintiennent le flamme bien vive pour une imagerie qui reflète l’histoire des Français au quotidien.

Si l’on considère que Google Art et Culture a numérisé 13 000 cartes postales anciennes de Bretagne en collaboration avec le musée de la carte postale de Baud, on est sûr que ce n’est pas le numérique qui tuera la vieille dame en carton, au contraire. Il en conservera précieusement l’image et la mémoire, quand les applications en vogue transforment les images fugaces en preuves matérielles d’un monde révolu avant même que le smartphone l’ait mis en mémoire.  

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